Sunday, April 22, 2018
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Attaque à Tombouctou : les djihadistes gagnent du terrain

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Attaque à Tombouctou : les djihadistes gagnent du terrain

La mission onusienne au Mali (Minusma) a le taux de mortalité le plus élevé de toutes les forces de maintien de la paix de l’ONU actuellement déployées dans le monde [plus de 160 casques bleus sont morts depuis son arrivée en juillet 2013].

Ces énormes pertes sont dues à la complexité de la situation sécuritaire au Mali, où les djihadistes sont répartis dans plusieurs groupes islamistes. Le dépeçage de la Libye à la suite de la chute de Mouammar Kadhafi [en 2011] les aura nourris en moyens logistiques et en combattants. Ces derniers étant vraisemblablement au service de narcotrafiquants qui ont juré de faire du Sahel une zone de non-droit propice à leur affairisme mafieux.

Stoppés dans leur plan machiavélique par l’opération militaire française Serval [qui bloqua la progression de groupes djihadistes au Mali en 2013-2014], ces terroristes n’en continuent pas moins d’agresser quotidiennement les pays de la région. Ils ont imposé une guerre asymétrique qui perdure avec des risques d’aggravation. Car selon les analystes, les combattants de Daech [groupe État islamique], alliés à ceux d’Aqmi [Al-Qaida au Maghreb islamique], mis en déroute en Irak et en Syrie, rêvent désormais d’un califat dans le Sahel.

Des terroristes déguisés en casques bleus

Dans cette logique, les soldats de l’ONU et ceux de la force française Barkhane sont aujourd’hui des cibles de choix pour ces terroristes qui ont fait du nord du Mali leur sanctuaire.

La dernière attaque perpétrée à Tombouctou contre le camp abritant le quartier général de la Minusma et des soldats de Barkhane, le 14 avril, a surpris par son intensité au point d’avoir été qualifiée d’“importante attaque complexe”. D’abord par la durée des affrontements : quatre heures. C’est du jamais-vu. Les terroristes, pour une fois, n’ont pas fui les combats, contrairement à leur stratégie favorite d’attaques-éclairs conduites par surprise lors d’embuscades ou d’attentats suicides. On aurait dit que les assaillants voulaient prendre le contrôle du camp.

L’attaque a aussi surpris en raison du type d’armement utilisé. On a recensé des tirs de roquettes et de mortier, outre les explosifs dans deux camions piégés. Suprême perfidie, l’un d’eux était estampillé d’un des insignes de la Minusma, avec à son bord des combattants portant des casques bleus. N’eût été la vigilance et la combativité des soldats du camp [près de quinze assaillants ont été tués], le bilan aurait été plus lourd [un casque bleu burkinabé a perdu la vie].

Un savoir-faire venu d’ailleurs ?

Même si les attaques au mortier ne sont pas nouvelles, leur complexification, impliquant un savoir-faire militaire éprouvé, inquiète. C’est comme si nos djihadistes locaux étaient allés à l’école du terrorisme international. Il y a une forte suspicion que des artificiers plus compétents venus d’ailleurs jouent aux maîtres formateurs des djihadistes sahéliens.

Le 13 mars, le général Thomas D. Waldhauser, à la tête de l’Africom [commandement militaire américain pour l’Afrique], a soutenu que le Sahel était une base arrière possible du terrorisme international. “Si ces groupes s’installent dans des États faillis, ils vont trouver de larges zones refuges où ils pourront préparer des attaques contre les États-Unis”, avait-il prévenu.

On n’en est pas encore là, mais ces illuminés ont plus d’un stratagème dans leurs turbans. Et après la ruse de se camoufler en casques bleus comme à Tombouctou, il ne manque plus qu’ils attaquent à bord d’une fausse ambulance ou de faux véhicules de la Croix-Rouge.

C’est pourquoi on aurait voulu qu’à côté de la Minusma et de la force Barkhane, le G5 Sahel [nouvelle force de lutte antiterroriste composée de soldats de cinq pays de la région : Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad] monte rapidement en puissance. Hélas, depuis cette fameuse conférence des bailleurs de fonds à Bruxelles en février, où il a été annoncé que son financement était bouclé, on ne la voit toujours pas sur le terrain. Un statu quo désespérant pendant que les djihadistes allient détermination, perfidie et asymétrie dans leurs attaques meurtrières.

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