Sunday, August 19, 2018
Home Economie Au Venezuela, la mise au pas musclée d’une banque privée

Au Venezuela, la mise au pas musclée d’une banque privée

0
103
Au Venezuela, la mise au pas musclée d’une banque privée

Le procureur général du Venezuela, qui avait été nommé par l’Assemblée constituante, un organisme contesté mis en place par le pouvoir chaviste en juillet 2017, a fait procéder le 3 mai à l’arrestation de 11 dirigeants de Banesco, la principale banque privée du Venezuela.

Ils sont accusés de favoriser, “par action ou par omission”, précise le texte cité par El País, un réseau d’opérations de change illégales, qui se dérouleraient à la frontière colombienne, “alimenté par le taux au marché noir du dollar et au travers duquel de nombreux exilés vénézuéliens font parvenir de l’argent à leurs familles” restées au pays.

Le trafic sur le marché des changes est lié au contrôle des changes imposé par le Venezuela depuis 2003, avec une cotation officielle du dollar très basse et une limite stricte à l’achat et à la vente de devises en dollars, auxquels les citoyens n’ont pas accès. Dans les faits, selon diverses sources, le dollar s’échange sur le marché noir jusqu’à douze fois sa valeur officielle. Un site clandestin très consulté, Dolar Today, fournit chaque jour la cotation interdite du dollar, précise El País.

Ce système biaisé a donné matière “à une infinité de tractations illégales réalisées par des acteurs privés de l’économie, souligne le journal, mais surtout par des fonctionnaires publics, des ministres […], des militants chavistes et des militaires, qui ont ainsi accru leurs fortunes en jouant avec les trois types de taux de change.”

Une belle prise

La banque Banesco, qui compte plus de 8 millions de clients et 24 % de parts du marché bancaire, rapporte le site vénézuélien Prodavinci, appartient à un Vénézuélien d’origine espagnole, Juan Carlos Escotet, via une holding, Abanca. Parmi les personnes arrêtées figurent deux dirigeants possédant la nationalité espagnole.

M.Escotet s’est exprimé dans une vidéo relayée sur les réseaux sociaux pour assurer que Banesco “a toujours travaillé en conformité avec la loi”.

Le gouvernement vénézuélien a enclenché voici quelques semaines une opération baptisée Manos de Papel (“Mains de papier”) destinée à “démanteler ces réseaux économiques clandestins”, selon les termes du vice-président Tarek El Aissami.

La mise sous tutelle de la banque par le régime de Nicolás Maduro pourrait néanmoins être motivée par le souhait de nationaliser Banesco. En décembre 2017, le numéro deux du régime, Diosdado Cabello, avait évoqué cette idée dans un programme de télévision, rapportait alors El País.

Sabine Grandadam
Translate »