Friday, October 19, 2018
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Cambridge Analytica : une vraie fausse faillite ?

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Cambridge Analytica : une vraie fausse faillite ?

Cambridge Analytica a donc jeté l’éponge. La société britannique, qui est accusée d’avoir collecté et exploité, à des fins politiques, les données personnelles de quelque 90 millions d’utilisateurs de Facebook, met la clé sous la porte. Dans un communiqué publié le 2 mai, elle annonce mettre fin à ses activités au Royaume-Uni et aux États-Unis, tout comme sa maison mère, SCL Elections, filiale de SCL Group. Les deux sociétés ont entamé une procédure d’insolvabilité.

“Au cours des derniers mois, Cambridge Analytica a fait l’objet de nombreuses accusations infondées et […] elle a été calomniée pour des activités qui non seulement sont légales, mais aussi largement acceptées comme faisant partie intégrante de la publicité en ligne dans les domaines politique et commercial”, dénonce l’entreprise, qui ajoute que “la couverture médiatique a éloigné presque tous [ses] clients et fournisseurs”.

Mais l’histoire ne s’arrête sans doute pas là. Selon le New York Times, ce communiqué “laisse plusieurs questions sans réponse”. Le quotidien américain aimerait ainsi savoir “qui conservera la propriété intellectuelle de l’entreprise – les fameux profils psychographiques des électeurs établis en partie grâce à des données récupérées auprès de Facebook”. Il se demande également “si l’activité d’extraction de données de Cambridge Analytica ne va pas réapparaître sous de nouveaux auspices”.

Pour comprendre le raisonnement du journal, il faut se pencher sur la galaxie Cambridge Analytica. Le principal actionnaire de la société de marketing stratégique n’est autre que l’Américain Robert Mercer, un milliardaire ultraconservateur très proche de Steve Bannon. Ce dernier, qui fut directeur de campagne puis stratège en chef de Donald Trump avant de redevenir directeur du site d’extrême droite Breitbart News, a d’ailleurs siégé au conseil d’administration de Cambridge Analytica.

Une coquille vide prête à recueillir Cambridge Analytica ?

Et il y a quelques mois, des dirigeants de Cambridge Analytica et de SCL Group ont, avec des membres de la famille Mercer, créé une société britannique, Emerdata, raconte le New York Times, qui s’appuie sur une information publiée le 21 mars par Business Insider. Comme l’a révélé ce site, Emerdata a été fondée en août 2017 par Julian Wheatland, président de SCL Group, et par Alexander Tayler, responsable des données chez Cambridge Analytica ; tous deux font partie du conseil d’administration de la nouvelle société. Ils y ont été rejoints, le 16 mars 2018, par Rebekah et Jennifer Mercer, filles de Robert Mercer.

Alexander Nix, l’ex-PDG de Cambridge Analytica, a lui aussi été brièvement administrateur d’Emerdata. Mais après la diffusion, le 19 mars dernier, d’une enquête de la chaîne de télévision britannique Channel 4, il a été suspendu de ses fonctions à Cambridge Analytica ; quelques jours plus tard, il renonçait à son mandat d’administrateur d’Emerdata. Dans cette émission, il racontait, devant des caméras cachées, comment Cambridge Analytica pouvait influencer une campagne électorale, notamment en montant des scandales sexuels.

L’activité d’Emerdata n’est pas tout à fait claire, poursuit Business Insider, mais la société est enregistrée sous l’intitulé “traitement de données, hébergement et activités liées”.

Selon le New York Times, qui cite des personnes proches du dossier, Emerdata pourrait être utilisée pour opérer un changement de nom (“rebranding”) de Cambridge Analytica et de SCL Group, “à la manière de Blackwater.” Cette société de sécurité privée avait été rebaptisée Xe en 2009 après avoir été accusée d’avoir tué des civils irakiens en 2007, alors qu’elle travaillait sous contrat avec le département d’État américain, rappelle le quotidien.

La référence à Blackwater n’est pas fortuite. Car, toujours selon le New York Times, l’un des administrateurs d’Emerdata est Johnson Ko Chun Shun, un financier hongkongais et partenaire en affaires d’Erik Prince – le fondateur de Blackwater.

Pascale Boyen
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