Thursday, October 18, 2018
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Cameroun . Comment le président Biya garde le pouvoir depuis 36 ans

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Cameroun . Comment le président Biya garde le pouvoir depuis 36 ans

Dans la petite vidéo pixélisée, filmée au téléphone portable, des soldats camerounais escortent deux femmes sur une piste poussiéreuse. L’une porte un bébé dans le dos. L’autre tient une petite fille par la main.

Un petit attroupement les suit. Les soldats rudoient leurs prisonnières, les giflent de temps en temps. Quelqu’un dit : “BH, tu vas mourir.” “BH” veut dire Boko Haram, le groupe terroriste basé au Nigeria qui a infiltré le nord du Cameroun il y a maintenant plusieurs années et contre lequel se bat l’armée camerounaise.

Après avoir conduit les deux femmes à l’écart de la route, les militaires leur bandent les yeux. L’un d’eux retire le T-shirt noir que portait la petite fille et le lui enroule autour de la tête. Celui qui filme, sans doute un soldat, dit : “Petite, ça nous fait mal, mais tes parents nous ont mis…” Il est interrompu par les coups de feu, les quatre victimes – les deux femmes, la petite et le bébé – s’écroulent. Un des soldats remarque que la petite fille est toujours en vie. Un militaire recharge son fusil et appuie sur la détente.

Une minorité anglophone marginalisée

Dans une enquête publiée le 24 septembre, le média britannique, la BBC, arrivait à la conclusion que cette tuerie avait eu lieu en mars ou avril 2015 dans un petit village appelé Krawa Mafa. “J’ai peur que ce massacre filmé ne soit pas un cas isolé”, a déclaré, après la diffusion de la vidéo, Zeid Ra’ad Al Hussein, qui terminait son mandat de haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.

Depuis 2016, le Cameroun est aux prises dans l’ouest du pays avec une insurrection de sa minorité anglophone [20 % de la population, qui s’estiment marginalisés]. Contrairement à la lutte contre Boko Haram (qui a atteint son paroxysme en 2015), le conflit anglophone aura de lourdes incidences sur la politique et la sécurité du pays pour les mois, voire les années à venir.

Ces deux crises ont fragilisé ce que le président en exercice, Paul Biya, a longtemps présenté comme sa plus grande force : sa capacité à maintenir la paix et l’ordre dans son pays, dans une région de l’Afrique instable.

L’héritage colonial

Les périodes agitées sont rares dans l’histoire récente du pays, à l’exception d’une tentative de coup d’État en 1984, des grèves générales qui ont paralysé le pays en 1991 et des manifestations contre la vie chère en 2008, qui s’étaient soldées par la mort d’une centaine de personnes.

La crise anglophone, qui a débuté en octobre 2016, a irradié dans tout le pays. À cela deux raisons. Tout d’abord, contrairement

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Emmanuel Freudenthal
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