CAN 2019 : Kalidou Koulibaly, le roc sénégalais figure de la lutte contre le racisme dans le football

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Un défenseur de classe mondiale, mais pas que. Engagé ce vendredi dans un huitième de finale décisif pour le Sénégal dans la CAN 2019, Kalidou Koulibaly s’avance comme un maillon essentiel des Lions de la Teranga, mais aussi un symbole de l’antiracisme en Italie, où les discriminations à l’encontre des joueurs noirs restent très fréquentes.

C’était le 26 décembre 2018 au stade San Siro de Milan. Après avoir été la cible, tout au long du match, d’insultes et de cris racistes de la part de supporters de l’Inter Milan, et à la suite de plusieurs demandes d’interruption de la rencontre – toutes refusées – le défenseur central franco-sénégalais du Napoli, très nerveux, commet une faute sur un joueur interiste et reçoit un carton jaune. Kalidou Koulibaly applaudit alors ironiquement l’arbitre, écopant par là d’un deuxième carton et de 2 matchs de suspension. Une situation similaire à celle vécue par le Ghanéen Sulley Muntari en 2017.

L’Italie, bastion du racisme dans les stades

Les réactions ne tardent pas. De nombreuses personnalités sportives et politiques apportent leur soutien à Koulibaly, comme Cristiano Ronaldo et le maire centre-gauche de Milan.

Le club lombard, condamné à disputer deux matchs à huis clos, reçoit l’appui du ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, qui considère que la sanction lèse les « vrais » tifosi, illustrant par là le laxisme politique face à l’intensification du racisme dans le pays.

Le club de Naples fait appel de la suspension de Kalidou Koulibaly auprès de la ligue, qui le déboute. Carlo Ancelotti, entraîneur du club, se dit alors profondément déçu et qualifie cette décision de « grave défaite pour le football » et une opportunité manquée de combattre le racisme.

Ce rejet intervient alors que les événements de ce type se multiplient dans le championnat italien, comme en avril à Cagliari où les Turinois Blaise Matuidi et Moise Kean avaient dû essuyer de nouvelles insultes. Le football transalpin s’enlise donc dans les comportements déplorables de certains supporters, sans que des mesures sévères et ciblées à l’encontre de ces derniers ne soient prises.

L’émoi provoqué tant par les événements du match que les réactions et décisions qui l’ont suivi a propulsé le Franco-Sénégalais, natif des Vosges, sur le devant de la scène sportive internationale. Il aborde ainsi cette CAN 2019 avec un double responsabilité : être performant avec sa sélection, en lui permettant d’atteindre le sommet du continent, mais aussi de donner davantage d’audience au message de tolérance dont il est désormais porteur.

La CAN comme tremplin

Victime à plusieurs reprises d’injures racistes dans sa carrière – en février 2016 lors d’un match contre la Lazio de Rome ou sur la pelouse d’Arsenal en avril dernier -, Kalidou Koulibaly s’est donc imposé malgré lui comme l’un des symboles de la lutte contre les discriminations raciales dans le football.

S’il semble se réjouir de cette nouvelle dimension, dans laquelle il dit puiser encore plus de motivation, le joueur des Lions de la Teranga regrette cependant qu’il lui soit nécessaire d’enfiler un tel costume. Il entend donc, ainsi qu’il le confiait dans l’émission Canal Football Club en janvier, « montrer à tout le monde que l’on peut être Africain et faire partie des meilleurs joueurs du monde » et « montrer aux autres que l’on est égaux ».

Celui qui était déjà désigné en 2016 par Diego Maradona, icône du football napolitain, comme le meilleur joueur du championnat italien, est l’une des têtes de gondole de la génération dorée dont le Sénégal attend beaucoup pour cette édition 2019. Ses capacités physiques exceptionnelles, mais aussi son sens tactique aiguisé par les exigences de la Série A, en font un joueur unanimement reconnu comme l’un des meilleurs défenseurs du monde et courtisé par les plus grandes équipes du vieux continent.

À tout juste 28 ans, le roc sénégalais devra durant cette CAN faire ce qu’il fait de mieux : défendre. Défendre sa surface et son but bien sûr, mais aussi ses idées, mener un combat ô combien long et difficile, le genre de ceux dont il sort vainqueur.