Thursday, May 24, 2018
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Disparition. Le jour du soleil noir pour William Vance

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Disparition. Le jour du soleil noir pour William Vance

Grand seigneur de l’élégance réaliste, William Vance avait grandi dans la ligne des géants américains Burne Hogarth, le créateur de Tarzan, ou Hal Foster, le magicien du Prince Vaillant. Son premier maître fut Hans Kresse, un prodigieux dessinateur de Peaux-Rouges. Mais il fut d’abord le fils prodige de l’École belge, celle du Valhardi de Jijé ou du Buck Danny de Victor Hubinon et, avec la série XIII, il surpassera tous ses modèles.

William Vance savait mettre la finesse du trait et sa sensualité au service d’un dessin adulte. L’artiste bruxellois n’avait pas son pareil pour croquer des ladies au caractère trempé et au corps de diablesse. Sa main trouvait instantanément la meilleure attitude, la mise en scène idéale, sans croquis préparatoire. La plupart du temps, il dessinait ses personnages nus pour les habiller ensuite comme de vrais acteurs.

Des héros intrépides

La célébrité n’avait jamais gommé ses origines. William Vance était fier de rappeler qu’il était le fils de Maria et de Joseph. Maman lui avait montré comment décalquer les desperados au berceau. Papa lui avait appris à faire galoper son imaginaire sur son petit cheval de bois. Tous deux avaient foi en sa bonne étoile. “Maria et Joseph ! Avec des prénoms comme ceux-là, j’étais presque le fils de Dieu, nous avait-il confié. À 5 ou 6 ans, je me suis mis à copier tout ce que je pouvais. Comme il n’y avait pas de cours de BD à l’Académie, j’ai suivi l’histoire du costume, la perspective et le fusain. J’ai débuté dans la publicité, tout en allant montrer mes dessins chez Tintin ou Spirou. J’ai vendu ma première planche à 40 euros et je suis entré au Journal de Tintin en 1962.”

Dès ses premiers récits, le dessin de William Vance se montre efficace en diable. Bien en selle à la rédaction du Journal de Tintin, le jeune auteur dégaine une série western très remarquée dont le héros, Ringo, ne craint ni les femmes ni le blizzard. Après ce galop d’essai assassin, il dégoupille la grenade Bruno Brazil, un James Bond à la belge où l’on peut déjà lire une préfiguration de XIII. Bruno Brazil sera le premier personnage du Journal de Tintin à oser regarder la mort en face. Dans Quitte ou double pour Alak 6, les trois quarts de son commando seront massacrés par le scénariste, Greg, à la grande indignation des lecteurs.

Le club très fermé des best-sellers

En 1984, l’auteur a suffisamment baroudé du crayon pour s’attaquer à son chef-d’œuvre, XIII. Jean Van Hamme met en scène ce héros à sa mesure. William Vance met toute son énergie et sa méticulosité au service de cette nouvelle série. Il nous avait livré l’origine de XIII : “J’avais l’envie de dessiner ma propre série, de repartir de zéro mais en restant dans un genre proche de Bruno Brazil. Le Lombard, mon éditeur, m’a suggéré de travailler avec Jean Van Hamme. On est parti sur une nouvelle idée, celle d’un héros d’action contemporain. Le premier épisode s’est vendu modestement à 12000 exemplaires. L’explosion est venue avec Spads et Rouge Total, les 3e et 4e tomes, qui ont passé la barre des 100000 albums vendus. Ensuite, la série est entrée dans le club très fermé des bandes dessinées dont chaque nouveauté tire à plus de 500000 exemplaires.

Le formidable succès de XIII, un best-seller absolu de la bande dessinée belge contemporaine, doit beaucoup au sens aigu du réalisme et de l’attitude juste de William Vance. Et si son dessinateur s’est éteint, le héros, lui, est éternel.

Daniel Couvreur
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