Thursday, May 24, 2018
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Ebola : un vaccin sera utilisé en République démocratique du Congo

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Ebola : un vaccin sera utilisé en République démocratique du Congo

L’histoire se répète, et celle du virus Ebola en est la parfaite illustration. Depuis la découverte du virus en 1976 au Zaïre, huit épidémies ont frappé ce pays devenu la République démocratique du Congo (RDC). Avec à chaque fois, dans les grandes lignes, le même scénario : face à l’effroyable spectacle des patients mis à l’isolement, des personnels en combinaison de sécurité, des morts de déshydratation ou d’hémorragie, des recherches scientifiques sont entreprises pour développer un vaccin mais sont finalement abandonnées faute de moyens.

La neuvième apparition documentée du virus, survenue ces dernières semaines auprès de 39 cas suspects et ayant déjà coûté la vie à 19 personnes, a donc un air de déjà-vu. Sauf que cette fois, différence notable, il existe un vaccin.

Pour la première fois, les agences de santé de la RDC pourraient déployer un remède, le rVSV-ZEBOV (ou VSVEBOV), initialement développé par l’Agence de la santé publique du Canada et dont la licence est détenue par les laboratoires Merck. Ce vaccin a déjà fait parler de lui lors de la pire épidémie de maladie à virus Ebola connue à ce jour, celle survenue entre 2014 et 2016 en Afrique de l’Ouest (principalement en Guinée, Sierra Leone et Liberia), à plus de 3 500 kilomètres de la RDC.

Testé en plusieurs endroits dans le monde, notamment aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), il avait démontré sa capacité à déclencher, sans danger, la production par l’organisme d’anticorps dirigés contre le virus Ebola lors d’essais cliniques de phases I et II, effectués chez des volontaires sains. Des résultats encourageants qui avaient logiquement conduit à mener des essais de phase III, à plus grande échelle et chez des personnes en contact avec le virus.

Des essais prometteurs

Le rVSV-ZEBOV avait alors démontré une efficacité de l’ordre de 75 à 100 % chez 7 651 personnes d’après la revue The Lancet [dans une étude parue en août 2015]. Des chiffres non pas obtenus contre placebo, pour d’évidentes raisons éthiques, mais lors d’une campagne de vaccination dite en ceinture, dans laquelle les personnes entrées en contact direct avec un malade diagnostiqué, ainsi que leurs propres contacts (soit deux degrés de séparation), étaient vaccinés.

Un autre essai clinique d’envergure [décrit en décembre 2016 dans The Lancet] eut lieu plus tard en Guinée auprès de 5 837 personnes répondant à ces critères de contact et conclut à un taux d’efficacité de 100 %, aucun cas d’Ebola n’ayant fait surface dans les dix jours après la vaccination. Dans la foulée, un stock de 300 000 doses de rVSV-ZEBOV a été constitué en cas de nouvelle flambée épidémique grâce à l’appui de Gavi Alliance, organisation sise à Genève qui œuvre à faire bénéficier les pays les plus pauvres d’un accès rapide à des traitements onéreux.

Malgré l’efficacité et la disponibilité du vaccin, la prudence reste de mise. “Il reste à confirmer si ces 39 cas sont bien des cas d’Ebola”, dit Laurent Kaiser, virologue aux HUG. Il existe dans la région de nombreuses maladies infectieuses entraînant des symptômes similaires. Et bien que les virus de 2014 et de 2018 appartiennent à la même souche “Zaïre”, rien ne garantit pour le moment le succès du vaccin. Le médecin rappelle :

En 2015, les essais cliniques ont eu lieu lors d’une unique étude en Guinée, en fin d’épidémie et donc après l’urgence. Bien que tout porte à le croire, nous n’avons pas encore de certitude que ce vaccin fonctionnera aussi dans la présente situation.”

C’est pour cette raison que le rVSV-ZEBOV ne dispose pour le moment d’aucune autorisation de mise sur le marché au sens habituel du terme.

Feu vert des autorités, difficultés logistiques

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a élaboré un protocole expérimental que viennent de valider les autorités sanitaires et les comités d’éthique de RDC, écrit dans un e-mail au Temps Tarik Jasarevic, porte-parole de l’OMS. Ce feu vert va aboutir à une autorisation temporaire de mise sur le marché du rVSV-ZEBOV, pour un usage dit compassionnel.

Mais une fois la paperasse en ordre, de nombreux obstacles demeureront. D’abord sur un plan logistique : en coopération avec divers partenaires tels que Merck et Médecins sans frontières, l’OMS devra assurer une logistique adaptée pour transporter et conserver le rVSV-ZEBOV, qui doit être stocké à -80 °C. Dans des régions dépourvues de solides réseaux d’électricité et de télécommunications, lorsqu’il ne s’agit pas de routes, la tâche sera pour le moins ardue.

Exemple à Ikoko Ipenge, village où sont survenus deux cas le 13 mai, et qui n’est relié à Bikoro, où l’OMS a installé un centre de soins de 15 lits ainsi qu’un laboratoire mobile, qu’après un difficile trajet à moto d’une trentaine de kilomètres à travers la jungle. Quant à l’aéroport de Bikoro, il est trop mal entretenu pour l’utiliser. “Cela va être compliqué et coûteux”, a assuré Peter Salama, le directeur du Programme de gestion des situations d’urgence de l’OMS, lors d’une conférence de presse à Genève le 11 mai.

Quand bien même la logistique serait idéale et le vaccin prêt sur le terrain, la campagne de vaccination en ceinture n’a rien d’une sinécure : les épidémiologistes, les spécialistes des données et autres personnels de santé doivent documenter la progression de l’épidémie, retracer tous les contacts du malade, à deux degrés de séparation, dans les trois semaines qui ont précédé le diagnostic.

Un travail de détective délicat indispensable au succès d’une telle stratégie vaccinale. Laurent Kaiser conclut :

Le vaccin peut changer la donne, mais il ne suffira pas à lui seul : il faut toute une mobilisation des communautés et des personnels de santé sans oublier d’instaurer des actions préventives.”

Fabien Goubet
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