Wednesday, November 21, 2018
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Édito. Sacrées bagnoles

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Édito. Sacrées bagnoles

Si “les civilisations sont mortelles”, comme l’écrivait le philosophe Paul Valéry, celle de l’automobile est alors peut-être proche de sa fin. Funeste prophétie, que contredisent pourtant les chiffres d’un marché en pleine expansion : en 2016, on a produit 70 millions de voitures dans le monde, soit 30 millions de plus qu’au début du XXIe siècle. Et sur les routes de la planète circulent plus de 1 milliard de voitures.

Peut-on croire que la voiture est juste bonne à envoyer à la casse ? Demandez aux Saoudiennes, qui viennent d’obtenir le droit de prendre le volant, ce qu’elles en pensent : on attend trois millions de conductrices supplémentaires dans le pays d’ici 2020 ! Et pourtant, que ce soit à Oslo, Londres ou Singapour, les moteurs ne tournent plus très rond sous les capots. “Les problèmes d’énergie et d’environnement sonnent le glas de la culture automobilistique”, pronostiquait le philosophe américain Flink en 1975*.

Presque un demi-siècle plus tard, les morts sur le bitume, les heures perdues dans les bouchons ou les tricheries de type “dieselgate” ont écorné l’image de la voiture. Hier symbole de réussite sociale et d’autonomie, elle est devenue synonyme de pollution et d’embouteillages. Réputation injuste ? Sans doute, tant les constructeurs ont accompli de progrès en termes de sécurité et d’environnement.

Mais les poumons des grandes villes crachent du noir et les citadins rêvent de petites fleurs au milieu des rubans d’asphalte. D’Oslo à Singapour, la révolution des transports a commencé. La voiture de papa n’est pas encore morte, mais vive la bicyclette, la trottinette, le bus ou le tramway gratuits, la voiture partagée… Sornettes ? À Copenhague, on compte plus de vélos entrant dans la ville le matin aux heures de pointe que de voitures. En Estonie, les transports publics deviennent gratuits. Mais gare à ceux qui seraient tentés par les décisions autoritaires : la colère suscitée en France par l’abaissement de la vitesse à 80 km/h au 1er juillet a montré à quel point l’auto reste sacrée.

* Cité dans “Automobile”, Les Cahiers de médiologie, second semestre 2001, Gallimard.

Eric Chol
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