Emploi dans la finance : la difficile attractivité de l’Afrique

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Attirés par les très hauts salaires pratiqués en Europe ou en Amérique du Nord, les talents africains de la finance boudent leur continent, poussant les recruteurs locaux à innover pour attirer et répondre aux besoins grandissant du secteur.

Intégration régionale, banque mobile, fintech, finance islamique, essor de l’investissement privé… Les leviers qui stimulent le secteur de la finance sur le continent sont nombreux et des pays en profitent plus que d’autres. « L’Afrique du Sud, Maurice, le Maroc ou la Tunisie, le Cap-Vert et la Namibie ont atteint des capacités financière de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure » note un rapport de la Banque européenne d’investissement (BEI) publié en octobre 2018. D’autres, comme le Kenya et la Côte d’Ivoire s’en rapprochent.

Logiquement, ce dynamisme se retrouvent dans les recrutements : « La finance prend de plus en plus de place depuis environ cinq ans. La tendance est liée aux réorganisations des grandes banques locales privées et aux mises aux normes réglementaires imposées par des institutions comme le FMI, la Banque mondiale ou tout simplement les États-Unis », analyse Youssef Souli, fondateur du cabinet de recrutement Workosolutions.

Un variété de postes et d’employeurs

De son côté, Nic Sephton-Poultney, directeur général du cabinet Robert Walters en Afrique du Sud, affirme que 60 % des missions confiées à ses équipes émanent du secteur financier ou concernent des postes en finance. Parmi ses clients, les grandes entreprises étrangères comme Coca-Cola, Siemens ou Heineken recherchent des cadres, cadres intermédiaires et dirigeants essentiellement en Afrique de l’Ouest.

Nos véritables difficultés résident dans notre capacité à attirer les bons profils »

Les fonctions les plus recherchées dans le secteur sont diverses : cadres spécialisés en conformité et risque, des experts en lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, en gestion actif-passif, des gestionnaires de projets stratégiques (Project management officer), des experts IT et des actuaires.

Les entreprises qui recrutent, elles, évoluent également dans divers domaines, du retail à la construction en passant par l’agribusiness, la haute technologie ou l’automobile.

Attirer autrement que par le salaire

S’il recrute, le secteur peine néanmoins à attirer les profils adéquat. Ces derniers sont dragués par la concurrence à l’étranger qui, souvent, a des salaires plus alléchants à proposer aux candidats. « Nos véritables difficultés résident dans notre capacité à attirer les bons profils », confirme le dirigeant de Robert Walters. Persuadé de vouloir revenir sur le continent, certains membres de la diaspora déchantent lorsqu’ils découvrent les rémunérations proposées.

Les profils locaux opérationnels n’existent pas »

Seule solution pour les employeurs : jouer sur le package en offrant des avantages originaux. « Les entreprises proposent des aménagements dans le temps de travail. Il arrive aussi que nous puissions proposer des financements aux études des enfants ou plus classiquement des bonus », détaille Nic Sephton-Poultney.

« Les profils locaux opérationnels n’existent pas », estime de son côté Youssef Souli. S’il ne trouve pas la perle rare au Canada, aux États-Unis ou en Europe, ce dernier opte pour des cadres intermédiaires locaux moins expérimentés, quitte à ce que les entreprises se chargent de les former par la suite. « C’est la meilleure stratégie souhaitée parce que cela nous évite de recruter de jeunes profils potentiellement mieux payés que leurs aînés et préserve donc l’équilibre social en interne », conclut le recruteur tunisien.