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Wednesday, July 24, 2019
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En Afrique, “zone de libre-échange d’accord, mais sécurité d’abord  !”

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Une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine (UA) ont posé, ce 7 juillet à Niamey au Niger, la pierre angulaire de la construction de l’intégration des pays du continent. En officialisant l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange économique continentale (ZLEC), ils ont donné un second souffle à l’idéal du panafricanisme des pères fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) [créée en 1963], devenue UA [en 2002].

À défaut d’une unité politique de nos États jusqu’au fédéralisme, comme l’ont rêvé des icônes du panafricanisme comme [le Ghanéen] Kwame Nkrumah, [le Malien] Modibo Keïta ou [l’Éthiopien] Haïlé Sélassié, il faut leur donner toutes les chances de booster leur intégration économique en favorisant la complémentarité de leurs économies.

Réduire les droits de douane entre pays africains

Dans cette optique, une zone de libre-échange qui améliore les relations commerciales, la circulation des personnes et des biens, les investissements et l’emploi relève d’une bonne vision stratégique [seul l’Érythrée, parmi les 55 pays africains, n’a pas encore signé l’accord, dont le premier objectif est de réduire les droits de douane entre pays africains].
En effet, à long terme, les initiateurs de ce projet espèrent qu’il va contribuer à rompre la logique actuelle du commerce international qui fait de l’Afrique un réservoir de matières premières destinées à l’exportation, et un vaste marché de consommateurs [1,2 milliard d’Africains] des produits finis des pays industrialisés.

Ce legs de la domination coloniale handicape grandement l’industrialisation des pays africains et les échanges commerciaux entre eux [le commerce intra-africain stagne à 15 %, contre 67 % en Europe]. Il faut en sortir et le plus tôt serait le mieux. On comprend alors tout l’enjeu de ce sommet extraordinaire de Niamey, qualifié d’“avancée historique” dans le processus d’intégration des pays africains.

Faible industrialisation et contexte sécuritaire délétère

Mais comme dit l’écrivain britannique Rudyard Kipling, “il faut rêver sans laisser ton rêve être ton maître”. À propos donc de la ZLEC, si l’on applaudit le leadership du président rwandais Paul Kagame, qui a porté sur les fonts baptismaux le traité fondateur, si l’on est admiratif de l’entregent du président nigérien Mahamadou Issoufou, qui a accueilli ce sommet extraordinaire de l’UA, si l’on se félicite que 27 chefs d’État aient signé l’acte, lui donnant ainsi officiellement naissance, on ne peut oublier les énormes difficultés sociopolitiques qui vont rendre difficile sa mise en œuvre [prévue à partir du 1er juillet 2020].

Passe encore la faible industrialisation de la plupart des pays africains, l’état désastreux de leurs voies de communication, les entraves administratives à la libre circulation des personnes et des biens, les taxes douanières non harmonisées entre États, mais quid du contexte sécuritaire délétère qui hypothèque la cohésion sociale et la paix sur le continent ? La paix n’est-elle pas la condition sine qua non des échanges commerciaux, de l’intégration économique et pour attirer des investissements ? Comment des États en proie à l’insécurité, à des conflits communautaires, insuffisamment administrés peuvent-ils efficacement s’intégrer dans une zone de libre-échange ?

Naissance d’un bébé avec des handicaps

On ne désespère pas de voir ce miracle dans cinq, dix, vingt ans, mais les faits sont têtus. Ils nous montrent une ville de Niamey transformée en camp retranché sous la coupe de 12 000 policiers, gendarmes et militaires à l’occasion du sommet inaugural de la ZLEC. Au-delà de Niamey, c’est tout le Niger et, au-delà du Niger, le Mali, le Burkina Faso, bref tout le Sahel, qui souffrent de l’insécurité du fait des attaques récurrentes des terroristes qui s’y sont sanctuarisés.

Que dire également de la Libye, meurtrie par la guerre civile, de la Somalie qui vivote dans la peur des chebabs islamistes, de la République démocratique du Congo (RDC) sous la menace des milices tribales dans ses provinces orientales et du Cameroun en butte au séparatisme ?

Hélas, les exemples ne manquent pas qui indiquent que la ZLEC est un bébé qui naît avec bien de handicaps dans un climat sécuritaire dégradé dans bien de pays africains. Dès lors, et sans afropessimisme, on est poussé à s’exclamer à l’adresse de l’Union africaine : zone de libre-échange d’accord, mais sécurité d’abord !

Editorial
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