Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Tuesday, June 25, 2019
Home Culture En attendant le futur. Les écrivains au bois dormant

En attendant le futur. Les écrivains au bois dormant

0
154
En attendant le futur. Les écrivains au bois dormant

Mille épicéas ont été plantés [en 2014] dans une petite clairière au cœur de la forêt de Nordmarka, à une heure d’Oslo. Ils vont pousser pendant encore quatre-vingt-seize ans, jusqu’en 2114, puis seront abattus, réduits en pâte, pressés et teintés pour fournir la réserve de papier de la Future Library de l’artiste écossaise Katie Paterson.

Cette “Bibliothèque du futur” va réunir cent livres écrits à cette fin par certains des écrivains les plus connus du XXIe siècle. Il y aura un livre par année de croissance des arbres. Chacun de ces romans, un manuscrit inédit, est offert par son auteur – choisi par le conseil d’administration de la bibliothèque – comme une sorte de don des gardiens du temple littéraire d’aujourd’hui aux lecteurs de demain.

Modeste rituel

Cet été, près de cent personnes ont fait le pèlerinage annuel jusqu’à la clairière pour voir la romancière turque Elif Shafak offrir à Katie Paterson le quatrième manuscrit destiné à la bibliothèque. Celle-ci abrite déjà ceux de Margaret Atwood, de David Mitchell et du romancier islandais Sjón.

La Cérémonie de remise, c’est son nom, est un rituel modeste. Un chanteur folk norvégien appelle le public à faire silence en jouant de la flûte, puis bénit la terre pour ses dons. Anne Beate Hovind, la présidente du Future Library Trust, qui a été mis sur pied en 2014 par la ville d’Oslo, présente Paterson, Shafak et les jeunes plants.

Ceux-ci font maintenant plus de trente centimètres de haut et sont habillés pour l’occasion : ils arborent un joli nœud rouge d’écolière autour de leur tige centrale et le dessus de leurs aiguilles est d’un vert plus tendre et plus clair que l’herbe sauvage qui les entoure.

Les années précédentes, il pleuvait, et le public était resté debout à grelotter sous des parapluies pendant que les gardes forestiers faisaient chauffer du café et du chocolat sur d’énormes grilles de fer.

Cette année, en revanche, la journée est inhabituellement chaude et sèche – comme l’a été tout l’été –, et les gens restent assis au milieu des jeunes arbres à boire de l’eau et à transpirer en écoutant Elif Shafak, auteure de dix romans, féministe éminente et critique non moins éminente du nationalisme turc.

Humanité commune

La romancière explique qu’écrire un roman pour la Future Library a été comme “un acte de foi laïque” dans ce monde qui semble devenu fou, ce monde qui accentue violemment les différences entre les gens au lieu de mettre en avant leur humanité commune.

“Quand on écrit un livre, souligne-t-elle, on est convaincu qu’il touchera quelqu’un d’autre, quelqu’un qui est différent de soi, et qu’il nous reliera ; qu’on pourra transcender les limites

[…]

Merve Emre
Translate »