Tuesday, August 21, 2018
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Festival de Cannes. Pawel Pawlikowski donne à la Pologne son “Casablanca”

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Festival de Cannes. Pawel Pawlikowski donne à la Pologne son “Casablanca”

Absent de la sélection officielle du Festival de Cannes depuis 1990 (si l’on met à part Le Pianiste, de Roman Polanski, une coproduction internationale), le cinéma polonais a fait son grand retour sur la Croisette avec Cold War (“Guerre froide”), de Pawel Pawlikowski, le réalisateur oscarisé d’Ida. Tourné en noir et blanc, son long-métrage est un pur enchantement, tout en ellipses et en épure. Il nous emmène sur les traces d’un couple d’amants vénéneux, Zula (Joanna Kulig) et Viktor (Tomasz Kot). Ces deux-là ne peuvent vivre l’un sans l’autre, mais dépérissent dès qu’ils sont ensemble, que ce soit dans la Pologne communiste ou dans le Paris jazzy de Saint-Germain-des-Prés.

Ovationné par le public lors de sa première, le 10 mai dernier, Cold War a aussi suscité d’élogieuses critiques dans la presse polonaise. L’envoyé spécial du quotidien libéral Gazeta Wyborcza s’est senti “comme envoûté” par le film :

Ce genre de situation se produit rarement dans le cinéma d’aujourd’hui, a fortiori dans le cinéma polonais. Pawel Pawlikowski tend un piège au spectateur, l’attrape dans un filet de réminiscences et ne lui permet pas de s’en libérer. C’est ce que faisaient jadis les grands mélodrames et les chansons célébrant des amours impossibles, mais le cinéma polonais n’avait pas encore eu son Casablanca.

En dépit de son titre, Cold War “n’est pas un long-métrage historique”, prévient le journal : “Ayant passé une partie de sa vie à l’étranger [il a quitté la Pologne à l’âge de 14 ans], Pawel Pawlikowski raconte son histoire d’amour avec sa patrie et présente le régime communiste comme l’œuvre des Polonais eux-mêmes, bien qu’il ait été imposé de l’extérieur. L’histoire de Viktor et Zula ne parle pas tant des victimes du système que de l’impossibilité de se détacher de son pays d’origine. Elle évoque aussi le charme trompeur de la Pologne, ce pays qui nous trahit tout en nous rendant coupables de l’avoir nous-mêmes trahi.”

Nostalgie familiale et liste noire

De son côté, le quotidien économique Rzeczpospolita insiste sur la dimension personnelle de Cold War, dédié par le réalisateur à ses parents, également prénommés Viktor et Zula. “Sans raconter leur histoire, Pawlikowski utilise néanmoins beaucoup d’éléments de leur parcours et le climat de leur union. Il met en scène la trajectoire de deux personnes qui ne peuvent vivre ni ensemble ni séparément. […]. Le film parle aussi de la difficile histoire polonaise, de l’époque du stalinisme et de l’ingérence des autorités dans l’art […]. C’est enfin un récit sur la polonité et la nostalgie de tout un monde, car Pawel Pawlikowski n’est-il pas nostalgique du pays de son enfance et de ses parents, même si cet attachement est douloureux?”

Faute de disposer d’arguments pour s’attaquer au film, le portail ultra-conservateur wPolityce, allergique au cinéma de Pawel Pawlikowski qu’il qualifie d’“anti-polonais”, s’en prend à ce réalisateur “mythomane qui veut passer à l’étranger pour un combattant de la lutte contre le régime, un artiste à l’origine de films – selon lui – dérangeants pour le pouvoir, une victime de la censure vivant sous la menace permanente d’une arrestation par la police secrète.” À Cannes, Pawel Pawlikowski a en effet déclaré à l’AFP être inscrit sur une “liste noire” d’artistes auxquels les autorités polonaises refusent tout soutien.

Romain Su
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