Monday, October 15, 2018
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Hommage. La presse étrangère met Charles Aznavour en haut de l’affiche

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Hommage. La presse étrangère met Charles Aznavour en haut de l’affiche
  • Vu de Belgique : “Un voleur de réalités et d’émotions”

Le Grand Brel disait de lui qu’il avait “un physique à rentrer debout dans une Rolls”. Avec son “nez en forme de cauchemar, une personnalité cassante et un timbre de voix voilé”, il n’avait “rien pour réussir”, concède Le Soir. Mais qu’importe ! “Charles Aznavour ne voulait pas être à la mode. Il ne rêvait pas de chanter du rock’n’roll ni de plaire aux jeunes, écrit le quotidien belge en éditorial. Les paroles de ses chansons étaient parfois explicites, au point que la censure les juge trop sulfureuses pour les oreilles des moins de seize ans. Pourtant il ne faisait que chanter la vie, la vraie, celle que son esprit saisissait autour de lui, dans la rue, sur le quai de la gare, au bistrot. Il racontait le vécu des gens sans avoir peur des mots pour le dire. Il n’était pas poète, non. Il s’imaginait voleur de réalités et d’émotions […] Il voulait qu’on l’écoute, qu’on l’entende, quitte à déraper parfois, à tourner le dos à son public. Il n’avait pas peur de bousculer son image de chanteur romantique en se déclarant en faveur de la peine de mort. L’artiste défendait les opprimés, les oubliés. Il avait toujours des pièces dans les poches à distribuer aux vagabonds mais ne payait pas ses impôts en France ni en Arménie. Il vivait en Suisse et ne supportait pas qu’on l’emmerde avec des soupçons d’exil fiscal. Son franc-parler lui évitera jusqu’au bout de devenir ringard.”

  • Vu du Japon : “L’incarnation de la chanson française”

Les 17 et 19 septembre, Charles Aznavour s’était produit à Tokyo et Osaka, ses deux ultimes concerts. Il était “une incarnation de la chanson française”, salue le critique Masakazu Kitanaka dans les colonnes de l’Asahi Shimbun. Le 1er octobre, peu avant l’annonce de la mort du chanteur, le journaliste commentait la prestation de celui-ci au NHK Hall de Tokyo, une salle qui peut accueillir jusqu’à 3 500 personnes. Ce concert avait dû être repoussé cet été, après que Charles Aznavour s’était cassé le bras gauche. “Certainement, la soirée n’a déçu personne”, écrit le journaliste, impressionné par la vitalité de l’artiste. “Devant un large public qui remplissait la salle, il ne s’est pas arrêté de chanter pendant deux heures, sans faire de pause. Il n’a même pas bu d’eau de toute la séance […] C’était magnifique qu’il ait pu chanter avec un tempo rapide, et aussi qu’il soit encore capable de faire quelques pas de danse à la cadence d’une musique légère.”

  • Vu du Québec : “C’est un peu de nous qui part avec lui”

La Belle Province était “son berceau d’artiste, son asile bien-aimé”, rappelle le quotidien Le Devoir. “Sans Édith Piaf, qui l’avait traîné en 1948 dans sa tournée à New York et à Montréal, le cours de notre petite histoire culturelle serait changé.” Le journal de Montréal condense en quelques phrases “la romance” qui, durant soixante ans, a lié le chanteur au public québécois : “Il s’était d’abord produit au Faisan doré et au Quartier latin à Montréal et Chez Gérard à Québec, un an et demi en duo avec le pianiste Pierre Roche qui allait s’établir dans nos terres. Aznavour ne cessa de revenir dans ce Québec qui l’avait adopté d’emblée en sa Grande Noirceur. Ami de Monique Leyrac, il allait chanter plus tard avec Gilles Vigneault et Céline Dion, recevoir chez nous tous les honneurs, s’enticher artistiquement de la chanteuse Lynda Lemay, qu’il parraina en France. Dans le film C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée, ‘Emmenez-moi’ d’Aznavour résonnait comme un appel au large. C’est un peu de nous qui part avec lui.”

  • Vu du Liban : les trois regrets d’un “café crème”

“Lors de son passage en août 1999, où il devait se produire à Baalbeck, il avait, au cours d’une entrevue, confié à notre collègue Zéna Zalzal qu’il n’était pas un nostalgique, mais qu’il avait eu quand même trois regrets dans sa vie : ‘Je devais jouer avec Fernandel dans Marius de Pagnol, faire Carmen avec [le ténor italien] Mario del Monaco et tourner Polichinelle avec Roberto Rossellini. Ces trois projets n’ont pas eu lieu parce que les personnes en question ont disparu avant que le travail ne prenne forme.’, raconte L’Orient-Le Jour. Lors d’un passage au Liban, en 2015, il avait accordé à ce même journal un entretien exclusif. “La star, modeste malgré sa longue carrière, expliquait cette longévité par le travail acharné. ‘Il n’y a pas de secret, avait-il dit. Travailler, toujours travailler.’ Soulevant le sujet du génocide, il avait encore avoué que sa mère lui avait appris à aimer les Turcs. ‘C’est au gouvernement d’Ankara, pas au peuple turc, de reconnaître le génocide.’ Et parlant de sa nationalité, il disait encore : ‘Ma langue, c’est le français, ma terre, la France ; l’Arménie, c’est la terre de mes ancêtres. Je suis ainsi un café-crème.’

  • Vu du Burkina Faso : “Il demeurera éternel par ses chansons”

“‘Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…’ Paroles de l’inoxydable qui vient de rendre “La Bohème” orpheline. Oui ces premiers mots de la chanson culte de Charles Aznavour qui vient de casser le micro, on peut les adresser aux jeunes Africains de moins de trente ans sans crainte de les offenser de ne pas connaître [cet] immense artiste”, écrit le site d’informations Wakat Séra. Mais “ils sont encore légion, ces Africains férus de la grande chanson française qui ont encore dans leurs collections discographiques les œuvres de l’auteur-compositeur, interprète, écrivain, et acteur, excusez du peu. Et même s’ils ne se comptent plus que sur les doigts des mains et des pieds ceux qui ont encore ses airs sur le bout des lèvres, ils n’en sont pas moins inconsolables, ces Africains qui pleurent la disparition du monument Aznavour […] Et comme en Afrique les morts ne sont pas morts, Charles Aznavour demeurera éternel par ses chansons.”

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