Tuesday, August 14, 2018
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Inventer un autre réseau social

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Inventer un autre réseau social
  • Nationaliser Facebook

Quitter Facebook est un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre, constate Blayne Haggart, professeur de sciences politiques à l’université Brock à Saint Catharines (Canada), sur le site The Conversation. Que ce soit pour des raisons personnelles ou professionnelles, certaines personnes ont un besoin quasi vital du réseau social.

Mais “une organisation qui pose constamment des problèmes et dont la disparition plongerait la société dans le chaos n’est clairement pas une entreprise normale. Facebook est devenu une composante essentielle de nos infrastructures de communication, et nous devons le traiter comme tel”, analyse le chercheur, qui en conclut qu’il faudrait nationaliser Facebook.

En effet, argumente-t-il, qui d’autre que l’État démocratique a la légitimité pour fixer les règles en matière d’expression et de gestion des données pour la société tout entière ? Mais, admet Blayne Haggart, c’est une proposition difficile à prendre au sérieux aux États-Unis, “où l’intervention de l’État n’a plus la cote depuis les années 1980”.

En revanche, dans la plupart des autres pays, on estime que “la propriété étatique assure plus de justice et d’équité dans les domaines où la stabilité sociale importe plus que la quête monopolistique du profit”.

  • S’inspirer du modèle Wikipedia

“Facebook est, par essence, une machine de surveillance, et espérer que cela change relève d’un optimisme déplacé”, affirme Tim Wu dans une chronique publiée par The New York Times. Selon ce professeur de droit à l’université Columbia, à New York, spécialiste reconnu d’Internet et auteur de The Attention Merchants (“Les marchands d’attention”, Penguin Random House, 2016, inédit en français), il est vain de vouloir “réparer” Facebook : il faut le remplacer.

Mais par quoi ? Pour prétendre rivaliser avec la créature de Mark Zuckerberg, puis la supplanter, le nouveau réseau social devra avoir une masse critique d’utilisateurs. Selon Tim Wu, il pourrait être créé par des anciens salariés de Facebook – dont beaucoup ont rejoint le Center for Humane Technology, un mouvement dont l’objectif est de changer la culture de la Silicon Valley – sous la forme d’une organisation à but non lucratif. Wikipedia, qui gère un trafic équivalent à celui de Facebook, pourrait servir de modèle.

Et ce projet pourrait même être financé par la Corporation for Public Broadcasting, un organisme non gouvernemental chargé de soutenir les médias publics aux États-Unis.

  • Rendre le pouvoir aux utilisateurs

Cela ne va certainement pas plaire à Mark Zuckerberg, “qui a lutté durement pour garder le contrôle de Facebook”, mais pourquoi ne pas imaginer un réseau social qui serait géré par ses utilisateurs ? suggère le chroniqueur américain Kevin Roose dans le New York Times. Nathan Schneider, professeur en médias de l’université du Colorado, proposait en 2016 déjà que les usagers de Twitter rachètent la plate-forme pour la gérer eux-mêmes, une façon de montrer que le réseau social “prend au sérieux la démocratie”.

  • Créer une fédération de réseaux

Plutôt que d’avoir “un seul gros Facebook”, une autre idée serait de créer une fédération de réseaux sociaux respectant “un protocole commun”, sur le modèle de ce qui se passe pour le courrier électronique, selon Kevin Roose. On aurait alors par exemple un “Maman-book”, un “Sportif-book” ou “un Gamer-book” qui fonctionneraient de manière indépendante et qui seraient adaptés aux besoins de leurs utilisateurs, mais si l’un d’entre eux “devenait trop toxique, explique le chroniqueur, il pourrait être retiré [de la fédération] sans qu’on soit obligé de fermer le réseau entier”.

  • Instaurer un bouton “reset”

De manière plus radicale, Kevin Roose suggère de donner aux utilisateurs de réseaux sociaux la possibilité de supprimer leurs traces, une sorte d’option “autonettoyage” afin que chacun puisse effacer son profil des applications qu’il n’utilise plus, supprimer les “amis” qui n’en sont plus ou les données dont il n’a plus besoin. À défaut, poursuit le chroniqueur, il faudrait que les données des usagers disparaissent automatiquement au bout d’un certain nombre de mois ou d’années, sauf s’ils s’y opposent formellement.

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