Kenya : À Strathmore, une université qui forme des entrepreneurs

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Kenya : À Strathmore, une université qui forme des entrepreneurs

L’université privée de Strathmore au Kenya est devenue en quelques années une véritable pépinière de jeunes pousses, avec une école de commerce reconnue internationalement et un enseignement axé sur l’entrepreneuriat.

Dans le hall d’entrée de l’école de commerce, un pupitre trône sur l’estrade recouverte d’un tapis de velours rouge. C’est là qu’en septembre dernier, Theresa May a prononcé son discours lors du forum commercial Royaume-Uni/Kenya. « Il y a dans ce pays nombre de jeunes gens dynamiques et pleins de créativité. Ils ont besoin d’emplois pour mettre leur potentiel à profit et le secteur privé a un important rôle à jouer » avait-elle alors déclaré. C’était la première visite d’un premier ministre britannique au Kenya en 30 ans. Et pour ce voyage placé sous le signe de la collaboration économique et du commerce, l’université de Strathmore était un passage obligé.

13 licences, 11 masters

Grands open space lumineux, fauteuils en cuirs dans les couloirs, bâtiments tout de verre et de métal… Le campus a des airs de Silicon Valley en plein cœur de Nairobi. Et les quelques 5 000 étudiants n’ont presque rien à envier aux élèves des universités américaines. Ils peuvent passer leur temps libre dans le « student center », un bâtiment qui leur est entièrement réservé, se recueillir dans les deux chapelles ou se défouler sur le terrain de basket et dans la piscine du campus. L’université propose 13 licences et 11 masters en comptabilité, entrepreneuriat, finance, sciences mathématiques relations internationales, tourisme ou encore hôtellerie.


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Mais aussi des doctorats et des formations professionnelles ainsi que 16 centres de recherche sur des secteurs allant de la santé à l’énergie. L’école de commerce de Strathmore se targue quant à elle d’avoir été désignée « numéro 1 au Kenya » par le classement français Eduniversal. Le campus compte également une bibliothèque à reconnaissance biométrique et deux auditoriums. Le premier est depuis longtemps le rendez-vous des hackatons et autres événements en lien avec l’entrepreneuriat à Nairobi : c’est là qu’a été remis cette année le Zambezi Prize, organisé par le MIT legatum center et la fondation Mastercard. Le second, financé par Microsoft, a été inauguré en 2017, en même temps que le premier centre de recherche et d’innovation high-tech du géant de l’informatique sur le continent africain.

Nous encourageons continuellement nos étudiants à lancer leur entreprise. »

Incubateur et centre de recherche

Fondée en 1961 avec le soutien de l’Opus Dei, l’école Strathmore proposait à l’origine des cours dans les domaines des Sciences et des Arts, puis rapidement de la comptabilité à une poignée d’étudiants sponsorisés par Shell East Africa et East Africa Breweries. Ce n’est qu’en 2002 qu’elle devient officiellement une université au Kenya, avec un département de commerce et un département technologie de l’information. Aujourd’hui ces deux secteurs restent les plus attractifs de l’école. « L’un des aspects fondamentaux de l’esprit Strathmore, c’est entrepreneuriat. Donc nous encourageons continuellement nos étudiants à lancer leur entreprise » assure Joseph Sevilla. Cet ingénieur espagnol spécialiste des technologies informatiques est le directeur du « Ilab » et du « Ibiz », respectivement un centre de recherche sur les nouvelles technologies et un incubateur de start-up, situés aux derniers étages du « student center ». « Ici, nous mettons à disposition des étudiants un espace, des mentors et des contacts » poursuit-il. L’institution a ainsi des relations étroites avec la fondation norvégienne IDEA ou avec la banque Standard Chartered mais aussi avec de grandes universités internationales comme l’Imperial College of London ou encore l’école polytechnique de Milan. Près de 30 start-up passent chaque année au Ibiz et les ponts sont constants entre les entreprises et le reste des étudiants.

Nous sommes également des pionniers dans l’enseignement de la blockchain, la publicité numérique ainsi que la cyber-sécurité. »

L’université se veut à la pointe des nouvelles technologies et des innovations en tout genre. En témoigne l’offre de master dans ce domaine, unique en Afrique de l’Est. Strathmore a ainsi été la première université du Kenya à lancer, il y a huit ans, un master en technologie mobile en partenariat avec le géant Safaricom. « Nous sommes également des pionniers dans l’enseignement de la blockchain, la publicité numérique ainsi que la cyber-sécurité » poursuit Joseph Sevilla qui annonce l’ouverture prochaine d’un master en analyse de données, le premier dans la région. Le tout est rendu possible par des cours par vidéo conférence, permettant d’inviter des professeurs vivant hors du continent et d’enseigner à distance à des élèves dans toute l’Afrique de l’Est. Une fois diplômés, l’université assure que ses étudiants ont trouvé des emplois chez Safaricom, Oracle, Google ou encore IBM.


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Il faut dire que tout est fait pour préparer les élèves à la réalité du monde du travail :  simulation d’entretiens d’embauche, foire des carrières, petits déjeuners à thèmes avec des professionnels, etc. L’enseignement théorique est également complété par des formations pratiques délivrées par des experts travaillant dans des entreprises de pointe. Des professionnels d’IBM, SAP, SAS, Oracle, Microsoft ont ainsi été invités sur le campus sur les thèmes de la blockchain ou des objets connectés. Si les élèves développent des idées intéressantes lors de ces ateliers, ils n’ont qu’à gravir quelques étages pour recevoir de l’aide afin de monter leur start-up.

Les possibilités d’obtenir des bourses ou autres aides financières sont nombreuses.

Bien que les frais de scolarité varient en fonction des départements et des diplômes, l’enseignement de Strathmore reste réservé à une élite. Un élève en licence peut par exemple payer 1 600 dollars par semestre, tandis que les masters en technologie mobile ou cybersécurité oscillent entre 8 000 et 10 000 dollars pour la totalité du cursus. Mais les possibilités d’obtenir des bourses ou autres aides financières sont nombreuses. Ainsi en 2017, 914 bourses ont été attribuées, pour un total de 1,6 millions de dollars. Les admissions, elles se font sur dossier, avec un examen d’entrée en mathématiques et en anglais et enfin un entretien de personnalité.