Saturday, November 17, 2018
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La Californie veut être “neutre en carbone” d’ici 2045

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La Californie veut être “neutre en carbone” d’ici 2045

Lundi 10 septembre, le gouverneur de Californie Jerry Brown a promulgué la loi votée le 28 août visant à ce que cet État américain passe à 100 % d’électricité issue de sources d’énergie n’émettant pas du tout de CO2 d’ici à 2045. Il devra donc s’appuyer sur les énergies éolienne, solaire, géothermique et hydraulique, le nucléaire n’étant probablement pas une option dans la mesure où la dernière centrale doit être fermée en 2025.

Et ce n’est pas tout. Jerry Brown est allé encore plus loin ce même jour, en signant un décret pour que la Californie devienne totalement neutre en carbone dans vingt-sept ans. Et au-delà, l’objectif est d’atteindre des “émissions nettes négatives”. Le San Francisco Chronicle décrypte :

À partir de 2046, la Californie captera plus de dioxyde de carbone et autres gaz à effet de serre dans l’atmosphère qu’elle n’en émettra chaque année.”

“Cela signifie qu’il faut transformer non seulement tout le secteur californien de l’électricité, mais aussi celui des transports, de l’industrie et plus encore”, souligne la MIT Technology Review. Il s’agit également de faire appel à des technologies qui permettent d’extraire les gaz à effet de serres de l’atmosphère, de les réutiliser ou de les stocker d’une manière ou d’une autre. Une tâche loin d’être aisée.

Le stockage souterrain, une idée qui revient

“Une approche possible serait d’affecter certaines cultures uniquement à la combustion dans des centrales à biomasses, et ensuite de stocker les gaz à effet de serre émis par ces centrales dans des formations géologiques souterraines”, indique au San Francisco Chronicle Peter Miller, directeur de projet d’énergie de la zone ouest pour le groupe environnement du Natural Resources Defense Council.

Des technologies de piégeage et de stockage souterrain du CO2 existent mais sont encore considérées comme bien trop onéreuses pour être réellement rentables. Dans ce contexte d’objectifs ambitieux en matière de lutte contre le changement climatique, une étude parue en juin dans la revue Joule pourrait bien revenir sur le devant de la scène.

Elle concluait que si les technologies existantes étaient déployées à grande échelle, la tonne de CO2 piégée ne coûterait qu’entre 92 et 232 dollars (entre 80 et 200 euros) et non 1 000 dollars, comme l’estimait une étude de 2011 parue dans PNAS.

Au-delà du coût de ce type de technologies, d’autres sources d’émissions de gaz à effet de serre constituent des obstacles qui rendent les objectifs du décret californien difficiles à atteindre. Les secteurs des transports longue distance maritime, aérien et par camions, associés à ceux du ciment et de la transformation des métaux représentent à eux seuls 15 % des émissions de CO2 (en 2014), selon une étude parue dans Science le 29 juin.

Un banc d’essai pour le reste du monde

Pour les auteurs, “beaucoup plus de recherche, d’innovation et de coordination stratégique sont nécessaires pour rendre ces sources propres”, rapporte la MIT Technology Review dans un article de juin. Reste que les ambitions californiennes pourraient contribuer à faire avances les choses.

“Bien sûr, les décrets sont plus flexibles que les lois adoptées par deux chambres et signés par le gouverneur, souligne Ars Technica, mais l’ordre de Brown reflète l’urgence face au changement climatique après un été où les feux de forêt ont atteint des records.”

En outre, les expérimentations que cet État de la côte Ouest – qui représente la cinquième économie mondiale – sera amené à réaliser pourront servir de modèle. Fin août, après le vote de la loi sur l’énergie, Severin Borenstein, économiste spécialisé dans le domaine de l’énergie à l’université de Californie (Berkeley), estimait dans la MIT Technology Review :

La Californie constitue un banc d’essai de ce qui est techniquement réalisable. Elle fournit un immense marché pour la production d’énergie propre et constitue un corpus de connaissances que d’autres États [américains] et pays pourront exploiter.”

Carole Lembezat
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