Sunday, November 18, 2018
Home Economie La lettre tech. Parents antitech, anglais et innovation, électrodes pour paralysés et...

La lettre tech. Parents antitech, anglais et innovation, électrodes pour paralysés et manif de Google

0
16
La lettre tech. Parents antitech, anglais et innovation, électrodes pour paralysés et manif de Google

Des millions d’Américains ne parlaient que de ça ce week-end : la dernière enquête du New York Times révèle que nombre de parents de la Silicon Valley, ceux-là mêmes qui gagnent leur vie en inventant des smartphones ou les logiciels les plus addictifs du marché, commencent à en interdire l’accès à leurs propres enfants, par crainte pour leur santé mentale, leurs résultats scolaires et leur avenir. L’article cite une adjointe de Mark Zuckerberg, patron de Facebook, convaincue que “le diable vit dans ces téléphones et ravage la vie de nos enfants”. Sa progéniture n’a pas eu droit aux écrans avant l’entrée en seconde. L’ancien rédacteur en chef du magazine Wired, aujourd’hui à la tête d’une entreprise de technologie, assure que l’accoutumance aux smartphones “ressemble plus à celle au crack qu’à celle aux bonbons” ; la technologie est sévèrement réglementée chez lui. “Je ne savais pas ce que cela faisait à leur cerveau avant d’en découvrir les symptômes”, promet-il.

On sait pourtant depuis longtemps que les titans de la technologie bannissaient les gadgets du cocon familial. Bill et Melinda Gates n’ont autorisé les smartphones et les réseaux sociaux que lorsque leurs enfants étaient de grands adolescents. Ceux de Steve Jobs, patron d’Apple, étaient privés d’iPad… Ce zèle de converti conduit à quelques excès comiques. Des nounous de la Silicon Valley doivent s’engager par écrit à ne pas utiliser le moindre écran en présence des petits. Et les familles organisent la délation des contrevenantes à l’aide des réseaux sociaux…

Tech et classes sociales

Tous ces nouveaux atermoiements nous conduisent à revisiter certains concepts ; comme le fameux fossé numérique qui sépare les enfants riches des enfants pauvres. Surprise : il n’est pas du tout comme on l’imagine. Les jeunes issus de familles aisés passent considérablement moins de temps devant des écrans que ceux de milieux défavorisés, selon une enquête de l’organisation Common Sense Media. Deux autres études confirment que les enfants blancs sont beaucoup moins exposés aux smartphones et Ipads que les Noirs et Hispaniques du même âge. Les écrans high-tech semblent jouer aujourd’hui le même rôle que la télévision d’antan : celui de baby-sitter électronique et de divertissement sédentaire, avec des conséquences similaires, comme l’obésité, et d’autres plus néfastes, telles les difficultés de concentration et de communication, et même la dépression.

À San Francisco, un groupe d’anciens employés de Google et de Facebook, réunis dans l’association Center for Humane Technology, a lancé une campagne intitulée “La vérité sur la tech”, fort inspirée des campagnes antitabac, pour tenter de réduire l’addiction des plus jeunes aux écrans. Leurs efforts s’adressent aussi aux ingénieurs de la Silicon Valley. Un centre de ressources en ligne devrait leur permettre de mieux comprendre les effets nocifs des produits qu’on leur demande de concevoir…

L’anglais, vecteur scientifique

En attendant, les anglophones restent toujours les grands maîtres de l’innovation mondiale. Le site Axios commente l’enquête annuelle de l’institut suédois Education First, spécialisé dans les méthodes d’apprentissage de l’anglais. Son classement de 88 pays par ordre de maîtrise de la langue (la France progresse, mais reste 35e) s’accompagne de corrélations avec le poids technologique de chaque pays. Le cerveau des anglophones n’est pas plus scientifique que les autres, mais l’anglais pourvoit un réseau, un accès aux publications les plus cotées, et sa domination est accentuée depuis les années 1990 par l’essor d’Internet. Nuance, pourtant : la domination de l’anglais ne donnera pas éternellement l’avantage aux Anglo-Saxons, car toute l’élite scientifique mondiale, y compris française, communique et travaille quotidiennement dans cette langue. Ensuite, la Chine ne lésine pas sur l’innovation, et rares sont ceux, dans le reste du monde, qui peuvent lire les recherches de ses savants.

Les prouesses des électrodes

La technologie a ensoleillé les news cette semaine, après l’annonce des résultats plutôt spectaculaires d’expériences menées en Suisse, à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, sur des patients paralysés. Ceux-ci ont pu un moment recouvrer l’usage de leurs jambes grâce à des stimulateurs électriques branchés sur leur moelle épinière. Et deux des trois sujets ont pu ensuite marcher, avec des béquilles, sans recourir à des stimulateurs, preuve de l’effet réparateur de cette technologie. Cette nouvelle s’ajoute aux publications en un mois de deux autres expériences prometteuses menées aux États-Unis, respectivement à l’université de Louisville (Kentucky) et à la célèbre Mayo Clinic de Rochester (Minnesota).

Manif mondiale

Soit, on sait que le New York Times a créé l’événement, la semaine dernière, en publiant une enquête sur le départ discret d’Andy Rubin, créateur du système Android, parti de Google avec un chèque de 90 millions de dollars malgré des accusations de harcèlement sexuel. Mais depuis lors, l’article a donné le signal d’un soulèvement mondial inédit des employés de Google, qui ont manifesté le 1er novembre devant près d’une dizaine de sièges du groupe, dont ceux de Singapour, New York, Chicago, Londres, Dublin et Zurich.

Philippe Coste
Translate »