Sunday, November 18, 2018
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La lettre tech. Voitures morales, intox mode d’emploi, le bagne de Netflix et le réseau des fachos

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La lettre tech. Voitures morales, intox mode d’emploi, le bagne de Netflix et le réseau des fachos

Cette semaine, la prestigieuse revue Nature pose des questions idiotes : “En cas de collision, préféreriez-vous écraser des chats ou un groupe d’enfants ?” Mais d’autres sont plus difficiles : “Choisiriez-vous de vous tuer, avec vos passagers, en vous projetant contre un mur plutôt que de percuter des personnes âgées qui traversent la rue ?” Et s’il s’agissait “d’une femme enceinte avec un enfant, ou de criminels, ou de clochards, ou d’hommes d’affaires ?” Ce ne sont là que quelques échantillons des 40 millions de décisions requises en 10 langues auprès de 2 millions de ressortissants de 223 pays par des chercheurs du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Leurs réponses devraient permettre à des ingénieurs de programmer l’intelligence artificielle des véhicules autonomes, afin de leur prodiguer un sens moral comparable ou supérieur à celui que montrerait instinctivement un conducteur au moment de l’accident. Intitulée “L’expérience de la machine morale”, cette recherche est censée déterminer par consensus les préceptes éthiques, les instructions de vie et de mort les plus acceptables par l’être humain.

Confrontés à des dilemmes variés sur un jeu-questionnaire en ligne, les sondés sont majoritairement d’accord, quel que soit leur pays, pour éviter le piéton innocent au péril de leur propre vie, épargner l’humain plutôt que l’animal, les sujets jeunes plutôt que les plus vieux, et privilégier le plus grand nombre au détriment de l’individu. Mais le MIT révèle des nuances et des différences culturelles : une petite préférence pour la vie des jeunes en Amérique latine, et pour celle des plus âgés en Asie. Une plus grande mansuétude envers les piétons qui traversent hors des clous dans les pays pauvres. “La plus grande expérience de psychologie morale jamais tentée” tombe aussi à pic, juste au moment où le citoyen, confronté à l’essor de l’intelligence artificielle, s’interroge sur les limites du pouvoir qu’il peut confier aux machines.

Les bizarres recettes de l’intox

On manquait d’informations un peu précises sur les méthodes employées par les Russes pour semer l’intox, les fake news et la confusion avant les élections de mi-mandat du 6 novembre. Par chance, le dossier d’inculpation par la justice américaine d’une citoyenne russe résidant à Saint-Pétersbourg, la dénommée Elena Khusyaynova, l’une des responsables d’une opération de déstabilisation aux États-Unis, offre un véritable manuel du fauteur de troubles sur Internet. Le Washington Post remarque que les agents, par une multitude de faux comptes sur les réseaux sociaux, s’emparaient des sujets les plus clivants du moment : l’immigration, la polémique sur l’usage du drapeau confédéré dans le Sud, le contrôle des armes à feu et les protestations des joueurs de football de la NFL contre les violences policières.

Ensuite, plutôt que de choisir seulement le camp de Donald Trump comme en 2016, les agitateurs défendaient aussi rageusement le point de vue opposé pour créer le maximum de tension dans la société américaine. Les consignes pratiques de la fameuse Internet Research Agency, l’organe de désinformation du Kremlin, laissent songeur : le public LGBT devait de préférence être contacté le soir sur les réseaux sociaux, avec des messages “contenant de grandes photos et beaucoup de couleurs”. Les Noirs, décrits comme “moins sophistiqués que les Blancs”, étaient censés réagir violemment à des tweets accompagnés du hashtag #WhitePrivilege (“#PrivilegeBlanc”). En tout, plus de 140 millions d’Américains ont reçu ce genre de message sur Facebook et Instagram durant la campagne de l’élection présidentielle de 2016…

Les salaires de la peur

Les médias commencent à regarder de près le fonctionnement interne des titans de la tech américaine, en particulier le traitement de leurs salariés. Et ce n’est pas si rose. Le New York Times décrit l’apparente complaisance de Google envers certains de ses hauts gradés accusés de harcèlement sexuel, en particulier Andy Rubin, créateur révéré du système Android, remercié avec une indemnité de 90 millions de dollars.

Quant au Wall Street Journal, il consacre un article minutieux au rude management des ressources humaines chez Netflix. Au siège américain, on peut être mis à la porte sous prétexte que “son profil ne correspond plus à la culture de la société”. Les cadres qui ne virent pas assez souvent des subordonnés prennent le risque d’être pris pour des mous, et d’y passer à leur tour. À la brutalité s’ajoute une obsession pour la transparence : chaque licenciement fait l’objet d’une communication à toute l’entreprise détaillant précisément les motifs de celui-ci, et les erreurs, les manquements aux objectifs sont sanctionnés par d’interminables séances d’autocritique publiques. Reed Hastings, directeur général de Netflix, a lui-même fait son mea culpa lors d’une retraite d’entreprise (il avait trop tergiversé avant de se séparer d’un collaborateur). En guise de mortification, il a coupé un citron et bu le jus d’un trait…

Gab, les profils qui tuent

Robert Bowers, le meurtrier de 11 fidèles de la synagogue de Pittsburgh le 28 octobre, était l’un des 800 000 habitués de Gab, un réseau social prisé par l’extrême droite, fondé à Philadelphie en 2017 par Andrew Torba, un entrepreneur de 26 ans très lié aux figures de l’alt-right américaine, raconte Bloomberg. Gab interdit les appels explicites à la violence, ce qui n’a pas empêché Bowers d’y annoncer son “intention d’agir”. Son dernier post sur le site accusait une organisation juive d’aide aux réfugiés, la HIAS (Hebrew Immigrant Aid Society), “de faire entrer des tueurs aux États-Unis”.

Philippe Coste
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