L’impasse continue de planer sur le projet de Dialogue déjà validé par plusieurs forces politiques et sociales consultées par le Chef de 1’Etat tout au long du mois de juin 2015, à cause des divergences de vue entre ce dernier et une partie de l’Opposition. Pendant ce temps, la diplomatie souterraine semble prendre le pas sur celle de surface. En effet, alors que certains partis et cartels de l’Opposition posent comme préalable à leur participation à ce dialogue son pilotage par un médiateur de la communauté internationale et que d’autres affirment avoir déjà tourné la page, l’espoir de réunir la classe politique congolaise autour d’une même table n’est pas totalement perdu.

Discrètes mais très actives dans l’ombre, la Monusco et l’Union Européenne ont repris langue avec l’UDPS, respectivement le lundi 13 et le mardi 14 juillet 2015, après s’être livrées au même exercice il y a plus d’un mois. Selon des sources dignes de foi, le menu a de nouveau porté sur le processus électoral, notamment ses séquences concernant le calendrier électoral, l’audit du fichier électoral, le financement, l’enrôlement de nouveaux majeurs, mais aussi des sujets ultrasensibles tels que le découpage territorial, la loi sur la répartition des sièges pour les élections locales, municipales et urbaines, la loi sur le statut des chefs coutumiers, les droits de l’homme, etc.

Dialogue : médiation internationale ou rien

Comme il y a un mois, le Secrétaire général de l’UDPS, Bruno Mavungu, le Secrétaire général adjoint chargé des questions politiques et porte-parole, Bruno Tshibala, et le Secrétaire national chargé des Finances, Joseph Kapika, se sont retrouvés lundi au siège de la Monusco face au responsable onusien en charge de la Direction Politique et à un conseiller de Martin Kobler, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en RDC. Le mardi, la délégation de l’UDPS reçue à la résidence de l’ambassadeur de l’Union Européenne était amputée de Kapika. Ainsi, Bruno Mavungu et Bruno Tshibala ont eu à échanger avec l’Envoyé Spécial de l’Union Européenne dans les Grands Lacs, assisté d’un de ses proches collaborateurs.
On peut retenir, pour l’essentiel, que l’UDPS a réitéré sa position d’il y a un mois, à savoir qu’elle ne pourrait prendre part au Dialogue présentement au centre des débats que s’il est placé sous la médiation de la communauté internationale, et qu’il comporte, à son ordre du jour, le contentieux électoral de novembre 2011, le calendrier électoral consensuel, l’enrôlement de nouveaux majeurs, l’audit externe du fichier électoral, le non, glissement des mandats, etc. En résumé, le banc « udépessien » a renvoyé les délégués de la Monusco et de l’Union Européenne aux termes de référence contenus dans la « feuille de route » rendue publique par son président, Etienne Tshisekedi, en février 2015. Bruno Mavungu, Bruno Tshibala et Joseph Kabila ont également rappelé à leurs interlocuteurs la mission de facilitation dévolue à la Communauté internationale sur pied de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, adopté par les parties signataires, dont la République Démocratique du Congo, en février 2013. Ils ont relevé, à toutes fins utiles, qu’entre autres objectifs à atteindre, le Dialogue entre Congolais visait la décrispation de la situation socio-politique au pays, la réconciliation entre filles et fils de la RDCongo, bref l’émergence d’un environnement qui devrait concourir à l’organisation d’élections libres, démocratiques et transparentes, dans un climat réellement apaisé.

Kabila et Tshisekedi divisés autour de la médiation

Les délégués de l’UDPS ont profité de l’occasion pour signaler à leurs interlocuteurs qu’à l’analyse des messages de Joseph Kabila, président de la République, et d’Etienne Tshisekedi, au peuple congolais, à l’occasion du 55me anniversaire de l’Indépendance, plusieurs points de convergence ont été enregistrés entre les deux personnalités, notamment leur souci commun de voir les Congolais se mettre autour d’une même table pour résoudre la crise politique, dégager un calendrier électoral consensuel, faire enrôler lès nouveaux majeurs, organiser des élections crédibles et apaisées, etc. Le principal point d’achoppement entre les deux acteurs politiques se trouve être la nature de la médiation.

A ce sujet, la délégation de l’UDPS a demandé à la Monusco et à l’Union Européenne de revisiter l’Accord-cadre d’Addis-Abeba afin de lever l’équivoque, car certains caciques de la Majorité Présidentielle soutiennent que ce texte serait muet au sujet de la facilitation. Et, s’il est établi que la médiation devrait effectivement être assurée par la communauté internationale, que cette dernière prennent ses responsabilités.

Pas de nouvelle transition

Avait de prendre congé de leurs hôtes, lundi comme mardi, les délégués de l’UDPS ont attiré leur attention sui la volonté du pouvoir en place de ne pas vouloir organiser les élections. Cela se remarque à travers la multiplication des pièges politique (découpage territorial), juridique (gel de l’examen de la loi sur la répartition des sièges pour les élections locales, municipales et urbaines), sécuritaire (persistance de l’insécurité à l’Est), etc. Ils leur ont fait savoir qu’Etienne Tshisekedi et des millions de Congolais sont foncièrement contre tout glissement de mandat ou toute nouvelle transition politique en République Démocratique du Congo.