Le diplomate,fin mandat, a fait le bilan de son passage en RDC

» Il faut savoir quitter le pouvoir, comme il faut savoir quitter ses fonctions, aussi intéressantes et prestigieuses soient-elles « .

C’est une des phrases fortes de l’allocution prononcée par Luc Hallade, ambassadeur de France en République Démocratique du Congo à l’occasion de la fête nationale de son pays, le mardi 14 juillet dernier à la résidence de France. De son intervention, le diplomate a par ailleurs expliqué que la politique ne devait pas être » un métier ou une fin en soi « .

Paraphrasant Danton, le numéro un de la représentation française en rd Congo s’est exclamé » de l’audace, encore de l’audace « , invitant les responsables congolais à faire preuve de courage et d’audace pour conduire le pays sur la voie de l’apaisement ainsi que de la réconciliation.

Etre à l’écoute de la population

L’ambassadeur de France a expliqué que c’était probablement la dernière fois qu’il s’adressait à une assemblée congolaise en tant qu’ambassadeur de France en RDC, car devant d’ici quelques semaines, quitter ses fonctions et le pays, dans lequel il aura passé, au total, 8 ans de sa vie et de sa carrière professionnelle. Clin d’œil au feu maréchal Mobutu, il a demandé au public de comprendre son émotion.

Luc Hallade a révélé avoir connu, d’abord comme conseiller, puis comme ambassadeur de France, une période particulièrement dense et riche de l’histoire de la RDC : celle de la transition, du 1 +4 et du Comité international d’accompagnement de la transition (CIAT), le référendum sur la Constitution en 2005, les élections de 2006, celles de 2011 et les multiples évènements et soubresauts qui ont marqué, entre 2003 et 2015, la vie politique, économique et sociale du pays.

Pour lui si la RDC est en paix, avec ses voisins et à l’intérieur de ses frontières, à quelques régions près, elle a dû pour cela surmonter bien des obstacles. Il a pu aussi compter sur l’indéfectible soutien de la Communauté internationale, illustré notamment par l’action stabilisatrice de la MONUSCO, qui a succédé à la MONUC.

Depuis plus de 15 ans, avec leurs défauts et leurs insuffisances, mais aussi avec les grandes qualités, la valeur et la bravoure de leurs contingents, la MONUC, puis la MONUSCO, ont contribué au rétablissement et à la préservation de la paix en RDC, à la protection de ses populations civiles, à la réforme de son armée, à la défense et à la promotion des Droits de l’Homme, à l’organisation des élections.

Le diplomate a signalé que la Communauté internationale a consacré plus de 20 milliards de dollars à la stabilisation du pays.Mais pour lui elle a surtout accompagné, jour après jour, année après année, la reconstruction de l’Etat Congolais, indispensable au rétablissement de l’autorité publique et de sa crédibilité aux yeux des autres nations, mais aussi de sa population.

Beaucoup de chemin a été accompli, et beaucoup reste à parcourir. Pour Hallade, les mois qui viennent seront déterminants pour, soit consolider la paix et approfondir la réconciliation entre les fils et les filles du Congo, soit au contraire faire marche arrière et défaire ce qui a pu être fait depuis 13 ans, depuis les accords de Sun City, en Afrique du Sud, qui ont mis fin à la guerre ayant déchiré la RD Congo et provoqué la mort de millions de Congolais.

L’ambassadeur a notamment déclaré : » la paix est une condition nécessaire du développement. Mais ce n’est pas une condition suffisante.

Il faut aussi une réconciliation sincère, une mobilisation générale de toutes les forces vives de la nation et des politiques publiques appropriées.

Il faut surtout cultiver le sens de l’intérêt général pour mieux combattre ou au moins harmoniser les intérêts particuliers.Ceci implique de la hauteur de vue, une vision claire et déterminée de ce que l’on veut construire ou reconstruire, et aussi d’être à l’écoute de la population, de ses attentes, de ses espoirs et de ses frustrations « .

La république de la Gombe

Luc Hallade a expliqué que c’est à ces qualités que l’on reconnaît les hommes d’Etat, ceux qui laissent dans l’histoire de leur pays voire de l’humanité le souvenir de bâtisseurs de paix, d’espoir et de développement, a contrario de ceux qui défendent des intérêts égoïstes ou des visions de court terme.

L’homme a fait part d’un paradoxe l’ayant particulièrement marqué durant ces 8 années passées en RD Congo. Une population congolaise, qui a beaucoup souffert et continue à beaucoup souffrir, mais qui fait preuve d’une capacité de résilience remarquable. Pour lui beaucoup d’autres nations, confrontées aux mêmes épreuves, se seraient déjà effondrées.

Le diplomate a relevé dans le même temps, l’élite politique, majorité comme opposition, qui semble continuer à penser que la politique du pays se joue, se fait et se défait dans un cercle et un périmètre restreints, comme si, au sein de la vaste RD Congo, la » République de la Gombe » devait décider du sort et du destin du peuple congolais tout entier, à son propre profit.

Aussi pour lui de ce point de vue, une décentralisation bien pensée et bien construite, dénuée d’arrière-pensées et de calculs politiques, pourra contribuer à élargir le cercle de cette élite, qui a trop longtemps confisqué le pouvoir à son profit.