Wednesday, November 21, 2018
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L’artiste flamand Jan Fabre accusé de harcèlement sexuel

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L’artiste flamand Jan Fabre accusé de harcèlement sexuel

“La présomption d’innocence doit s’appliquer, mais le nombre de témoignages laisse à penser qu’une frontière a effectivement été franchie et que les faits sont graves”, écrit De Morgen. Dans une lettre ouverte publiée le 13 septembre par le magazine culturel rekto : verso, une vingtaine d’ex-collaborateurs de Jan Fabre accusent le metteur en scène belge d’humiliations et de harcèlement sexuels. Une enquête a été ouverte à Anvers.

D’après eux, Jan Fabre “a toujours pratiqué une forme d’humiliation de ses interprètes, particulièrement de ses interprètes féminines”, relève Le Soir. Ils décrivent également des comportements déplacés, du harcèlement et du chantage – “pas de sexe, pas de solo”, explique une ancienne collaboratrice.

À la fois chorégraphe, plasticien et metteur en scène, Jan Fabre est connu pour le caractère provocateur de ses créations.

Bart Eeckhout, éditorialiste du Morgen, se souvient de La Chaise de Stanislavski, une pièce de Guido Van Meir dans laquelle on découvrait le personnage d’“un metteur en scène autoritaire qui pren[ait] plaisir à jeter ses actrices au sol, ou à tripoter ses collaboratrices”. “Toute personne qui connaissait la scène flamande savait que ce personnage fictif était une caricature à peine dissimulée de Jan Fabre, écrit le journaliste. C’était en 1987, il y a plus de trente ans.”

“Il n’y avait que de l’admiration”

Car le travail de Jan Fabre joue sur “la frontière entre la stimulation et l’exploitation, entre la provocation artistique et la destruction humaine, souligne De Morgen. Tout le monde sait que cette frontière a été régulièrement franchie. Mais personne n’a jamais rien dit. Il n’y avait que de l’admiration.”

Dans les productions de Fabre, “il y a une gradation dans l’usage de la douleur et du pouvoir, et c’est ce qui rend cette mise en cause compliquée”, abonde De Standaard :

Son œuvre est une exploration du corps. Il conduit de vrais corps jusqu’à l’épuisement, jusqu’à la sécrétion de vraies larmes, de sueur ou d’urine. Des corps nus explorent l’extase, la sexualité, la peur, le chaos, la déchéance.”

Mais c’est justement parce que Jan Fabre est “un artiste qui considère ses acteurs et danseurs comme des toiles sur lesquelles projeter” son inspiration, parce qu’il exerce un pouvoir, qu’il lui revient de “veiller à ce qu’aucun abus ou qu’aucune exploitation n’ait lieu”, reprend De Morgen.

Et le problème va bien au-delà du cas de l’artiste, insiste le journal néerlandophone :

Le problème, c’est l’existence d’une structure de pouvoir qui tolère les abus de pouvoir et les couvre. À chaque fois : dans l’Église, au sein des familles, au travail, dans le cinéma, dans les médias, et désormais aussi dans le monde de l’art.”

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