Friday, September 21, 2018
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L’”OPA politique” de la Chine sur l’électricité portugaise

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L’”OPA politique” de la Chine sur l’électricité portugaise

“Un consortium chinois, qui inclut le groupe Three Georges, se prépare à lancer une offre publique d’achat (OPA) sur Energias de Portugal (EDP)”, annonçait Expresso vendredi 11 mai. Quelques heures plus tard, c’était officiel : déjà principal actionnaire à hauteur de 23,3 % du capital de la plus grande entreprise publique portugaise, la Chine veut désormais en prendre le contrôle. Mais son OPA, chiffrée à 9,07 milliards d’euros, a été perçue comme hostile par les dirigeants du groupe électricien. Et comme une menace pour l’indépendance du Portugal par la presse du pays.

Une influence déjà stratégique

Dans les colonnes d’Expresso, Pedro Santos Guerreiro rappelle l’influence, dans des secteurs portugais déjà stratégiques (énergie, sécurité, banques, transport aérien, santé, médias…), de la Chine, “un État colossal aux pratiques obscures, non-démocratique, qui fait peu de cas de la liberté de la presse et des valeurs politiques, humaines et environnementales que nous professons”. Le directeur de l’hebdomadaire ajoute :

“Le désir chinois de contrôler EDP est seulement le début d’un processus qui va irradier dans les pages des journaux, les jeux politiques et les mouvements boursiers. Quand Xi Jinping atterrira à Lisbonne en fin d’année, il sera reçu avec moins d’hystérie qu’Obama dans un mois à Porto. Mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est le maître du monde qui nous sourira. Et nous, peu rayonnants, serons ravis.”

“Une OPA politique”

Le Jornal de Negócios, n’est pas moins suspicieux : “L’absurdité qu’une entreprise qui appartenait à l’État portugais et d’un secteur aussi stratégique puisse tomber dans les mains de l’État chinois sera le grand sujet de cette OPA, que le directeur du quotidien économique qualifie de “politique”. Ce dernier rappelle que le premier pas avait été franchi lorsque le groupe chinois Three Georges était entré au capital d’EDP, en 2011, lors de sa privatisation, lancée par le gouvernement de centre droit de Pedro Passos Coelho.

À l’annonce de cette OPA, “le silence politique a été de plomb”, note João Carlos Espada sur le site Observador. L’actuel Premier ministre socialiste António Costa ne voit en effet aucun obstacle à cette opération. “Laissons le marché fonctionner”, a-t-il déclaré sur l’antenne de SIC Noticias.

L’éditorialiste d’Observador rappelle “la maxime restée célèbre” du président Xi Jinping en octobre 2017 : “Le gouvernement, l’armée, la société, les écoles, au nord, au sud, à l’est, à l’ouest et au centre, le parti dirige tout.” João Carlos Espada s’interroge :

“C’est le moment de se demander si nous, Portugais, voulons aussi que le Parti communiste chinois soit notre leader.”

“L’opportunité d’une clarification ?”

Público rappelle que l’OPA a été lancée le jour même où les députés ont approuvé “à une unanimité rarissime” la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le coût excessif de l’électricité – qui a presque doublé depuis 2006.

Année durant laquelle a été nommé à la présidence du groupe électricien Antonio Mexia, aujourd’hui mis en examen pour corruption. “Peut-être cette OPA est-elle, en soi, l’annonce d’une opportunité pour EDP. Au moins d’une clarification”, écrit le directeur du quotidien.

Vincent Barros
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