Toutes les questions brûlantes d’actualité seront évoquées par le Président Joseph Kabila.

Constitution, dialogue, Gouvernement de cohésion, processus électoral, ADF, FDLR, économie, décentralisation, Institutions, etc. C’est ce samedi 6 décembre 2014 qu’il devrait, en principe, prononcer son traditionnel discours sur l’état de la Nation, devant les deux Chambres du Parlement réunies en Congrès. Mais, aux dernières nouvelles, le Chef de l’Etat pourrait, sauf changement de dernière minute, parler le lundi 8 décembre 2014, dans la matinée. Des sources officieuses justifient ce report par des problèmes liés naturellement à l’agenda du Président Kabila.

Tout le week-end, Joseph Kabila expédiait, à Dakar, au Sénégal, les affaires courantes de sa présidence à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Trop sollicité, au four et au moulin, le Président Congolais aura joué un rôle important dans l’atterrissage en douceur du Sommet de Dakar dont le principal objectif était la désignation d’un successeur au Secrétaire Général de l’OIF sortant, Abdou Diouf. A Kinshasa, le Protocole d’Etat congolais, a-t-on appris, aurait pris du retard dans les préparatifs du Congrès. Surtout que le Chef de l’Etat avait dans sa suite, le Président de l’Assemblée Nationale, Aubin Minaku, chargé de coprésider le Congrès avec le Président du Sénat, Léon Kengo.

L’installation de la Cour Constitutionnelle

D’autres sources rapportent aussi que Joseph Kabila aurait bien voulu présenter, au Congrès, une sorte de bilan à mi-mandat. L’installation effective de la Cour Constitutionnelle devrait, logiquement, étoffer le bilan de trois années de mandat. En effet, la Cour Constitutionnelle est le juge pénal du Président de la République et du Premier Ministre. C’est l’instance judiciaire qui va désormais trancher le conflit entre le pouvoir central et les provinces, le conflit de compétence entre les Institutions, les contentieux électoraux ainsi que la Constitutionnalité des textes de lois. Par les temps qui courent, le rôle de la Cour Constitutionnelle devrait encore croître politiquement. En cas de force majeure, par exemple, si la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) ne parvenait pas à organiser les élections dans le délai, comme cela avait été le cas pour le second tour de la Présidentielle en 2006, seule la Cour Constitutionnelle est compétente en la matière. Une telle hypothèse n’est pas totalement à exclure. A l’allure où vont les choses, la CENI risque effectivement de se retrouver dans une situation inconfortable. Les lois électorales dites essentielles tardent à venir. La logistique nécessaire fait encore défaut. D’où, la crainte d’un éventuel glissement. Mais, une prorogation n’est pas automatique. Elle doit être dûment motivée. Pour que la décision de la Cour Constitutionnelle soit acceptée, sans soulever des vagues, il faudrait qu’elle soit prise par des personnalités dont l’intégrité, la compétence et la probité morale ne sont entachées d’aucun microbe. Si jusque-là, la Cour Constitutionnelle a été bien accueillie dans le microcosme politique congolais et même dans l’opinion, c’est parce qu’elle est dirigée par des personnalités non contestées. Des gens comme Félix Vunduawe y sont pour beaucoup. Professeur des Universités, homme politique rompu, Vunduawe pourrait, une fois confirmé à la tête de la Cour Constitutionnelle, bien crédibiliser la structure. Une décision, qui serait prise sous sa présidence, aurait beaucoup de chance de passer dans l’opinion que si un cacique patenté du régime était aux commandes.

Parmi les structures à installer, figurent également en bonne place, le Conseil Economique et Social ainsi que le Conseil National des Droits de l’Homme.

De grands enjeux en perspective

Beaucoup d’acteurs politiques attendent le Président Kabila sur le terrain de la révision constitutionnelle. C’est peine perdue, fait-on savoir du côté de ceux qui connaissent bien Joseph Kabila. Au même moment, l’Opposition radicale espère que le Président de la République, dans son allocution, ne manquera pas de faire allusion au fameux dialogue politique sans exclusive. Comme on le voit, beaucoup d’attentes soulevées, y compris les plus irréalistes. Il y en a qui rêvent, non sans raison, de l’avènement d’un Gouvernement de cohésion nationale. En revanche, le Président pourrait s’étendre sur des questions relatives à la sécurité du pays. Dans le Grand-nord de la Province du Nord-Kivu, à Beni précisément, des terroristes étrangers associés à leurs complices congolais commettent des tueries massives, à l’aveuglette. Il y a peu, Joseph Kabila s’y est rendu. Mais, les massacres n’ont pas cessé. La situation dans la partie orientale du pays exige une thérapeutique de choc.

Puisqu’il peut s’agir d’un discours bilan à mi-parcours, ce sera l’occasion de vanter les actions déjà réalisées par Joseph Kabila et son Gouvernement. Au nombre desquelles, le parc agroindustriel de Bukanga Lonzo. Sans doute, le Président ne manquera pas de parler de la stabilisation du cadre macroéconomique, la victoire sur Ebola ainsi que tant d’autres acquis de la révolution. La victoire, quoique restant à consolider sur le M23, les diverses menaces de certains groupes armés contre la paix dans l’Est, ne manqueraient nullement à occuper une place prépondérante dans une telle allocution.

Le 30 juin 2014, en marge des festivités marquant le 54ème anniversaire de l’accession de la RD. Congo à l’indépendance, le Président avait promis un certain nombre de choses. Une évaluation s’avère nécessaire.