Monday, November 19, 2018
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“Nanette”, le stand-up brillant qui bouscule les codes de la comédie

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“Nanette”, le stand-up brillant qui bouscule les codes de la comédie

De la honte, de la stupeur, de la consternation, de la compassion, et quelque chose qui ressemble un peu à de l’espoir”, voilà la palette de sentiments qu’a inspirée Nanette au journaliste du Daily Review. Le spectacle de l’humoriste et auteure australienne Hannah Gadsby a été enregistré à l’opéra de Sydney et mis en ligne à l’international sur Netflix le 19 juin. Depuis, la presse anglo-saxonne ne tarit pas d’éloges sur ce dernier fait d’armes “transformatif” et “radical” pour The Atlantic, “drôle” et “plein de fureur” pour le New Yorker, “électrisant” pour le Guardian et tout simplement “un triomphe” pour le Sydney Morning Herald.

Aussi dur à regarder qu’indispensable

Comme le rappelle le Daily Review, Hannah Gadsby n’est pas une novice de la comédie. Elle s’est fait connaître depuis une quinzaine d’années en Australie avec des stand-up dans lesquels elle exploite les ressorts comiques de sa vie personnelle. Originaire du nord de la Tasmanie, l’humoriste a déjà raconté son coming out dans une famille très religieuse et une région dans laquelle l’homosexualité était encore un crime durant son adolescence (la Tasmanie l’a légalisée en 1999). Elle a déjà beaucoup fait rire sur le fait qu’on la prenne souvent pour un homme ou pour une personne transgenre. Mais dans son nouveau spectacle Nanette, Gadsby annonce :

J’ai construit ma carrière sur l’autodérision mais je ne veux tout simplement plus le faire. Ni pour moi, ni pour tous ceux qui s’identifient à moi.”

Elle choisit ainsi plutôt de raconter l’histoire qui se cache derrière le sketch et décortique les codes de la comédie. “Gadsby propose une définition simple de la comédie : créer une situation de tension, puis de soulagement” tout en renonçant ici à offrir à son public ce soulagement, explique le Sydney Morning Herald : elle est “fatiguée de devoir soulager son public, surtout les hommes, surtout les hommes blancs hétérosexuels”. Le Daily Review estime ainsi :

C’est rare de se dire après une heure de stand-up que cela va marquer l’histoire, que l’on va s’en souvenir. En termes de contexte culturel, on ne peut pas ignorer la longue histoire du mouvement pour les droits LGBT et l’histoire plus récente du mouvement #MeToo dans le spectacle plein de fureur et bouleversant de Gadsby.”

Annoncer la fin de sa carrière à son apogée ?

“Hannah Gadsby a décidé de quitter la comédie, et sa carrière a explosé”, titre le New York Magazine, qui fait référence à la décision annoncée sur scène de l’humoriste d’arrêter de faire du stand-up. Avec une tournée internationale et la mise en ligne de Nanette sur Netflix, les États-Unis découvrent donc sur le tard “une nouvelle figure majeure de la comédie”, selon le New York Times. “Gadsby, une humoriste australienne de 40 ans, n’est pas connue ici, mais la manière dont elle construit son humour pointu autour de débats intellectuels montre bien qu’elle est loin d’être novice en la matière”, estime le quotidien new-yorkais. Pour The Atlantic, c’est dans un coup d’éclat qu’elle quitte la scène, “en déconstruisant la manière dont l’humour est censé fonctionner”. Le magazine américain explique :

La chose la plus radicale que fait Hannah Gadsby dans ‘Nanette’ est très simple : elle arrête d’être drôle.”

En racontant son parcours de personne considérée “non normale”, en pointant directement les privilèges de ceux qui font la norme (les hommes blancs hétérosexuels) et en montrant comment “des siècles d’art occidental ont enfermé les femmes dans un statut d’objet”, Gadbsy déstabilise ainsi son public. En le faisant “passer du rire aux larmes”, elle l’oblige à se demander : “A quoi sert vraiment la comédie?

Claire Pomarès
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