Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Thursday, September 19, 2019
Home Technologie Nourriture. L’allergie au maïs, l’intolérance qui transforme l’alimentation en casse-tête

Nourriture. L’allergie au maïs, l’intolérance qui transforme l’alimentation en casse-tête

0
72
Nourriture. L’allergie au maïs, l’intolérance qui transforme l’alimentation en casse-tête

Quand Christine Robinson s’est vu diagnostiquer une allergie au maïs, il y a dix-sept ans, elle s’est dit : “Plus de pop-corn, plus de tacos. Je devrais y arriver.”

Puis elle a voulu saler ses tomates, or le sel de table contient du dextrose, un sucre [qui peut être] dérivé du maïs. Elle a voulu boire du thé glacé en bouteille, mais il contient de l’acide citrique, souvent tiré d’une moisissure nourrie sur un substrat contenant du sucre dérivé du maïs. Elle a fini par renoncer à la viande de supermarché (vaporisée d’acide lactique extrait de sucres de maïs fermenté), aux salades en sachet (encore de l’acide citrique), au poisson (plongé dans de la farine ou du sirop de maïs), aux céréales et fruits secs (exposés aux contaminations croisées dans les ateliers de transformation alimentaire), aux fruits comme les pommes ou les agrumes (enduits de substances chimiques dérivées du maïs), aux tomates (mûries avec du gaz d’éthylène, tiré du maïs), au lait (contenant des vitamines ajoutées, traitées à base de dérivés de maïs).

Sans parler de tous les aliments transformés qui contiennent du sirop de maïs à forte teneur en fructose, des dérivés d’amidon, de la gomme xanthane [un additif alimentaire aux propriétés épaississantes], des arômes artificiels, de l’alcool de maïs, de la maltodextrine – qui tous sont des dérivés du maïs ou qui en contiennent.

“Le maïs est une plante hyperutile, reconnaît Christine Robinson. On peut en faire tellement de choses – mais ces choses veulent avoir ma peau.”

370 millions de tonnes récoltés aux États-Unis

Les allergies au maïs sont relativement rares, et les formes aussi graves que celle dont souffre Christine Robinson sont plus rares encore (bien des gens qui ne peuvent pas manger de maïs entier tolèrent quand même ses dérivés). Mais quand on vit avec une allergie au maïs, on se rend vite compte à quel point cette céréale est partout. La plus grande partie des quelque 370 millions de tonnes de maïs récoltés aux États-Unis ne sont pas destinés à être mangés sur l’épi. Comme l’observe SwiftOnSecurity sur un fil [Twitter] viral concernant le maïs, la plante constitue la matière première des amidons, qu’on retrouve tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Et s’il n’y avait que l’alimentation… Christine Robinson m’a expliqué qu’elle faisait des stocks de son savon à l’huile d’amande douce préféré, qu’elle utilise depuis dix-sept ans, et qui depuis quelque temps est partout en rupture de stock. (Un certain nombre d’ingrédients du savon, comme la glycérine, peuvent provenir du maïs.) Résultat, elle a commencé à se renseigner sur la fabrication maison de savon.

Un séjour à l’hôpital peut se transformer en parcours du combattant pour un allergique au maïs. On en trouve parfois dans les gels hydroalcooliques (fabriqués à partir d’éthanol de maïs), les comprimés (l’amidon de maïs entre dans la composition de l’excipient) et les solutions intraveineuses (faites à base de dextrose). 

Les allergies au maïs étant rares, les médecins ne savent pas toujours que la liste d’aliments à proscrire peut être longue. Les gens atteints de cette allergie se sont donc naturellement retrouvés sur Internet. Un groupe Facebook nommé Corn Allergy & Intolerance [“Allergie et intolérance au maïs”] compte près de 8 500 membres.

Une fois par an, un carton d’avocats

Becca, qui travaille dans le secteur des technologies, dans l’État de Washington, écrit un blog assez suivi, Corn Allergy Girl [“La fille allergique au maïs”]. (Elle a demandé que son nom de famille ne soit pas cité, car elle ne veut pas que ses employeurs soient au courant de ses problèmes de santé.) Le blog recense des années de recherche de Becca sur les allergies au maïs et propose toutes sortes d’informations tirées d’autres blogs, aujourd’hui fermés, sur ces allergies.

Les membres du groupe Facebook ont aussi tissé des relations avec de petits producteurs. Une fois par an, raconte Christine Robinson, un exploitant californien envoie aux membres du groupe un grand carton d’avocats qui n’ont pas été exposés à des dérivés de maïs comme le gaz d’éthylène ou les cires. Le reste du temps, elle achète la plupart de ses fruits et légumes auprès d’une Amap de Pennsylvanie.

Becca, elle aussi, se fournit en grande partie auprès d’exploitations locales. Et sinon, elle cultive elle-même. Elle se procure sa viande dans un abattoir où on lui découpe des bêtes entières sans utiliser ni acide lactique ni acide critique. Elle possède deux réfrigérateurs et plusieurs congélateurs, où elle conserve la nourriture pour l’hiver, saison pendant laquelle les légumes frais sont moins abondants.

“Le week-end, chez moi, ça devient La Petite Maison dans la prairie, raconte-t-elle. Je râpe des légumes, je les cuis, je fais des conserves.” Elle estime qu’elle a de la chance d’habiter dans le Nord-Ouest pacifique, où il y a beaucoup de petites exploitations bio. On a du mal trouver des produits frais dans de nombreuses autres régions, et il est bien plus difficile encore d’en trouver qui soient vendus bon marché.

Des astuces pour se comporter en société

Savoir comment éviter des aliments qui contiennent du maïs, c’est une chose ; savoir comment se comporter en société quand le danger vous guette à chaque pas, c’en est une autre. Christine Robinson observe deux règles quand elle va au restaurant avec des amis : premièrement, elle a mangé avant ; deuxièmement, elle commande une San Pellegrino et une entrée à partager, ce qui tempère l’inquiétude des serveurs.

Cassandra Wiselka, dont le fils de 5 ans est allergique au maïs, a écrit sur le problème d’Halloween. Presque tous les bonbons industriels contiennent du sirop de maïs à haute teneur en fructose. Son fils participe toujours aux tournées d’Halloween [au cours desquelles les enfants font du porte-à-porte pour réclamer des bonbons], mais elle remplace les bonbons qu’il a collectés par des équivalents sans maïs : des sucettes, des gummy bears [bonbons à la gélatine en forme d’ourson] et des “chocolats haut de gamme que nous n’achetons même pas pour nous”.

Cassandra Wiselka a quitté l’Allemagne pour les États-Unis avec sa famille quand son fils a eu 18 mois. Il a commencé à être malade après le déménagement. Difficile de savoir exactement pourquoi, mais elle a remarqué qu’“en Allemagne, les produits alimentaires sont moins transformés. Du moins, il semble qu’il y ait moins d’additifs comme le maïs”.

Christine Robinson regrette de ne plus pouvoir voyager sans crainte. Elle a tout de même fait un séjour à Hawaii ces derniers temps. Elle s’y est prise longtemps à l’avance pour tout organiser. Elle a choisi Hawaii pour la plongée sous-marine. Quand elle fait de la plongée, elle doit prendre des précautions – par exemple s’assurer que sa tenue de plongée n’a pas été lavée avec un détergent contenant du maïs, ou encore vérifier que ses partenaires n’ont pas mangé de chips au maïs. Mais, une fois dans l’eau, elle est apaisée.

Certes, la plongée peut être dangereuse (d’après les chiffres les plus récents, chaque année en Amérique du Nord, entre 40 et 50 personnes trouvent la mort en pratiquant ce loisir), mais elle est sûre qu’il n’y a pas de maïs dans l’eau. “On peut se détendre. On n’a plus à surveiller en permanence tout ce qu’on touche ou tout ce qu’on respire. On respire un air dont on sait qu’il est sans danger et dont on connaît la vraie teneur en oxygène. C’est hyperlibérateur.”

Sarah Zhang
Lire l’article original
Translate »