Sunday, March 24, 2019
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Philosophie. À quoi peuvent bien penser les poulpes ?

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Philosophie.  À quoi peuvent bien penser les poulpes ?

Cela fait plus de dix ans que Peter Godfrey-Smith plonge sur la côte australienne : ses photos et vidéos sous-marines ont été publiées dans le New York Times et le National Geographic. Ce professeur d’histoire et de philosophie des sciences à l’université de Sydney a écrit cinq livres, dont le dernier [traduit en français chez Flammarion] s’intitule Le Prince des profondeurs. L’intelligence exceptionnelle des poulpes.

Cet ouvrage, consacré à l’intelligence extraordinaire des céphalopodes – les calmars, les seiches et les poulpes –, est un assemblage éclectique : discussions sur des théories paléontologiques et biologiques, comptes rendus d’expéditions sous-marines et questions étranges émergeant dans ce domaine de recherche discret et déroutant qu’est l’étude de la pensée animale.

C’est à l’essayiste Paolo Pecere, auteur de La filosofia della natura in Kant [“La philosophie de la nature chez Kant”] en 2009 et de Dalla parte di Alice. La coscienza e l’immaginario [“Du côté de chez Alice. La conscience et l’imaginaire”] en 2015, que le magazine culturel italien Il Tascabile a confié la tâche d’interviewer Peter Godfrey-Smith. Un entretien sur le ton de la conversation.

PAOLO PECERE. Pourquoi avez-vous décidé d’écrire un livre sur la pensée des céphalopodes ?

PETER GODFREY-SMITH. Le Prince des profondeurs est né de mes rencontres directes, en mer, avec des céphalopodes. J’ai commencé à aller régulièrement nager, faire du snorkeling et de la plongée, dans un sanctuaire marin près de Sydney, où pour la première fois j’ai rencontré des seiches géantes. Au début, j’étais intrigué par leurs couleurs et leur comportement visiblement amical. Puis j’ai remarqué la présence de poulpes dans la même zone. Jusque-là, il ne s’agissait absolument pas d’un projet philosophique ; j’étais seulement fasciné par ces animaux. Ensuite, j’ai compris que ces créatures étaient importantes d’un point de vue philosophique, étant donné l’écart entre elles et nous dans l’évolution, et la grande complexité de leur comportement.

Un des phénomènes les plus extraordinaires que vous examinez dans votre livre est la capacité des seiches géantes à créer des motifs chromatiques complexes qui bougent à la surface du corps. Pensez-vous qu’il s’agit simplement d’une aptitude spectaculaire liée à l’évolution, à leur adaptation, ou bien peut-on se risquer à parler d’

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