Friday, February 22, 2019
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RD Congo. Un nouveau président pour une “première alternance pacifique”

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RD Congo. Un nouveau président pour une “première alternance pacifique”

La partie de bras de fer postélectorale a finalement tourné en faveur de Félix Tshisekedi, confirmé vainqueur de l’élection présidentielle ce week-end par la Cour constitutionnelle. Fin du suspense et fin de la coupure d’Internet dans le pays. La plupart des journaux congolais, muselés pendant vingt jours, sont désormais accessibles en ligne.

Et beaucoup ne veulent retenir de ce processus électoral chaotique et contesté que l’avènement d’une alternance pacifique à la tête du pays [une première depuis l’indépendance en 1960]. Notamment Le Potentiel, qui ne cache pas sa satisfaction : “Fin de la longue marche de l’UDPS [le principal parti d’opposition], titre le quotidien congolais [proche du pouvoir].

“Tous les espoirs sont permis”

Avec la confirmation de Félix Tshisekedi comme président élu par la Cour constitutionnelle, la RDC tourne une page d’histoire faite de hauts et de bas”, fait remarquer Le Potentiel.

“L’alternance démocratique pacifique est désormais effective. Bien plus, un ancien militaire [Joseph Kabila] a cédé le fauteuil présidentiel à un civil, de surcroît opposant au régime, au terme d’une élection démocratique. […] Tous les espoirs sont permis”, s’exclame encore Le Potentiel.

Pour Cas-Info, “le nouveau président congolais a construit sa stratégie sur un changement de ton inédit”.

En redorant brusquement l’image de Joseph Kabila, qualifié dans la dernière ligne droite de la campagne électorale non plus de ‘dictateur’ mais de ‘partenaire de l’alternance démocratique en RDC’, Félix Tshisekedi est même allé jusqu’à considérer comme ‘criminelle’ toute attitude consistant à s’en prendre au président sortant.”

“À partir de ce moment, fait remarquer le site spécialisé sur l’actualité congolaise, il n’y avait plus l’ombre d’un doute sur l’issue de ce scrutin. […] Que Félix Tshisekedi serve de bouclier contre les adversaires de Joseph Kabila, cela a pu poser problème à certains.”

Avènement au pouvoir du parti historique d’opposition

Mais, concède Cas-Info, “tout cela risque d’avoir moins d’importance si pour la majorité des Congolais l’essentiel a été obtenu, c’est-à-dire, la première alternance pacifique à la tête du pays. Une alternance qui consacre surtout l’avènement au pouvoir du parti historique de l’opposition congolaise. Félix Tshisekedi aura passé par tous les chemins pour y arriver.”

Pour une large part de la presse ouest-africaine, il ne faut s’y tromper, le vrai vainqueur du scrutin, c’est le président sortant, Joseph Kabila…

“Kabila reste tout en partant”

“Celui qui s’apprête à passer le relais à Félix Tshisekedi vient de démontrer qu’il est un fin tacticien politique”, relève Le Djely en Guinée. “Cerné de partout et relégué au ban de la communauté internationale [pour avoir tenté de rester au pouvoir], il a réussi d’abord la prouesse de partir tout en restant. Ensuite, face à la contestation des résultats par l’opposition et la société civile congolaise, soutenues par la communauté internationale, Kabila est parti pour imposer sa volonté. Seul contre tous, c’est bien lui qui triomphe.”

“Certes, complète Le Pays au Burkina Faso, il va falloir qu’il fasse ses valises et qu’il quitte le palais de Marbre de Kinshasa, mais la probabilité est forte qu’il ait encore la mainmise sur les institutions de la République au regard des résultats ‘brillantissimes’ engrangés par son camp aux législatives [l’actuelle majorité pro-Kabila a obtenu 337 sièges sur 500] et aux provinciales.”

Et la présidentielle qu’il a bien voulu concéder à l’opposant Tshisekedi, avec la complicité manifeste de la Commission électorale (Ceni) et de la Cour constitutionnelle, peut être décryptée comme un moindre mal pour lui. Sacré Kabila !”

Un embrasement peu probable

Alors quelle va être maintenant la réaction du peuple congolais ?

Oui, “quelle sera sa réaction, à long terme, devant cette mascarade électorale du siècle ? s’interroge Wakat Sera. Se rangera-t-il derrière le président autoproclamé, Martin Fayulu, à qui il aurait donné ‘ses’ voix ? Capitulera-t-il, fataliste, pour éviter les représailles sanglantes d’un pouvoir ‘kabiliste’ sans état d’âme ?”

Un embrasement est peu probable, estime Afrikarabia, “car la population a tout de même l’impression d’avoir remporté deux petites victoires dans ce scrutin, si frauduleux soit-il”.

Les Congolais ont d’abord réussi, grâce la pression des manifestations, à éviter une nouvelle candidature de Joseph Kabila. Ils ont ensuite réussi à se débarrasser d’un candidat [celui de la coalition au pouvoir] dont ils ne voulaient pas, Emmanuel Ramazani Shadary.”

Un “Congo réconcilié” ?

“Enfin, pointe encore le site spécialisé, même si le nouveau président aura bien peu de pouvoir et restera sous la coupe de la kabilie, il est tout de même issu de l’opposition et représente un ‘changement’ espéré par de nombreux Congolais. Il n’est donc pas sûr que la population, lassée par une trop longue crise politique, descende dans la rue pour manifester contre Félix Tshisekedi.”

“Le nouveau ‘président’ a d’ailleurs tendu la main à tous les Congolais dans ses premières paroles prononcées dimanche. Félix Tshisekedi a prôné un Congo ‘qui ne sera pas un Congo de la haine, du tribalisme et de la division. Mais un Congo réconcilié’.”

Frédéric Couteau
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