Thursday, October 18, 2018
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RDC. Joseph Kabila renonce à un troisième mandat, mais ne sort pas du tableau

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RDC. Joseph Kabila renonce à un troisième mandat, mais ne sort pas du tableau

“Une fois encore, Joseph Kabila vient de déjouer les pronostics”, constate Le Courrier de Kinshasa. Le président congolais, en poste depuis 2001 – et toujours au pouvoir, près de deux ans après la fin de son deuxième mandat – devait annoncer le 8 août s’il était candidat à la prochaine présidentielle du 23 décembre. La Constitution lui interdit d’aller au-delà de deux mandats, mais beaucoup le soupçonnaient de vouloir s’accrocher au pouvoir.

Fin de suspense : c’est Emmanuel Ramazani Shadary qui sera le candidat du Front commun pour le Congo, la plateforme constituée autour de la majorité présidentielle. Comme le constate le journal, c’est donc un coup de théâtre de la part de Joseph Kabila, qui a jeté “son dévolu sur une personnalité dont le nom était à peine cité comme virtuel dauphin et dont le poids politique est souvent relativisé par ses détracteurs”.

Le Courrier de Kinshasa en dresse un rapide portrait : “Né en 1960, Emmanuel Ramazani Shadary est député élu de la circonscription de Kabambare (2006 et 2011) dans la province du Maniema. Il exerce actuellement les fonctions de secrétaire permanent du PPRD, le parti présidentiel. […] Marié et père de huit enfants”, il est diplômé en sciences politiques et administratives.

“Homme effacé, courtois, aussi peu flamboyant que Joseph Kabila lui-même, Emmanuel Shadary est décrit comme un homme de l’ombre qui a méthodiquement assuré son emprise”, ajoute Colette Braeckman, la spécialiste de l’Afrique centrale du journal Le Soir.

Pas question de bouder le plaisir

Comme le constate le quotidien belge, c’est tout simplement “la première fois, depuis l’indépendance du Congo, qu’un chef d’État se retire de son plein gré, sans être renversé ou assassiné, et bien des pays voisins sont encore dirigés par des présidents à vie.” Dès lors, pour Le Courrier de Kinshasa, “une partie de la crise politique congolaise vient de s’évaporer”.

“Pour une fois, s’enthousiasme Ledjely.com, on aborde l’actualité en République démocratique du Congo (RDC) avec un brin d’espoir. […] Il n’est pas question de bouder le plaisir.”

Pour le journal guinéen, c’est “un pas supplémentaire dans la marche du continent africain vers l’ancrage de la démocratie par le biais de l’alternance”. Mais aussi “la victoire d’une résistance acharnée d’un peuple sur les forces rétrogrades et les ambitions voraces d’un individu, entouré d’un clan d’opportunistes, tout aussi gloutons.” Car, ajoute Ledjely.com :

Face aux ambitions hégémoniques de Joseph Kabila, les Congolais n’ont cédé ni aux intimidations, ni à la répression. Beaucoup y ont laissé leur peau. Mais à l’arrivée, le combat est couronné de victoire. Kabila n’aura pas le troisième mandat que lui et les siens ont pourtant tant convoité.”

Il reste de nombreuses ombres au tableau

“Les ‘félicitations du jury’ ne devraient cependant pas occulter les réserves et les questions qui demeurent nombreuses”, tempère Le Soir. D’une part, parce qu’Emmanuel Shadary, s’il est élu, risque de demeurer sous l’influence de Joseph Kabila. De l’autre, parce que le processus électoral présente de nombreux écueils. L’opposant Moïse Katumbi est à l’étranger et dit avoir été empêché de rentrer au pays pour déposer sa candidature, tandis que Jean-Pierre Bemba, toujours poursuivi par la Cour pénale internationale, n’est pas assuré de pouvoir se présenter. Quant aux autres candidats, “ils sont désargentés, prêts à bien des compromis pour pouvoir demeurer dans la course”.

Enfin, la Commission nationale indépendante “n’est alimentée que par le seul budget congolais, ce qui écarte les financements mais aussi les techniciens et les observateurs étrangers”.

Mais enfin, interroge le journal belge, “faut-il pour autant rejeter le bébé avec l’eau du bain, nier la validité du processus engagé dans l’hypothétique espoir d’une ‘transition sans Kabila’ ?”

Dans l’absolu, une ‘transition citoyenne’ menée par des individus et des institutions réellement neutres mènerait sans doute à un changement plus profond et permettrait à de nouvelles forces d’émerger. Mais au vu de l’appareil de sécurité mis en place, chacun sait aussi que le prix d’une éviction brutale du chef de l’État sortant serait élevé en termes de vies humaines, que les risques d’une nouvelle déstabilisation du pays seraient bien réels. Qui oserait tenir un tel pari ?”

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