Start-up de la semaine : Mdundo, la plateforme de streaming 100 % afro

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Start-up de la semaine : Mdundo, la plateforme de streaming 100 % afro

Lancé il y a six ans au Kenya, ce service de musique en ligne compte aujourd’hui 3,5 millions d’utilisateurs mensuels sur le continent. Et ne compte pas s’arrêter là.

Le Nigérian Mr Eazi, le groupe kényan Sauti Sol, la star ougandaise Sheebah… Ils sont tous sur Mdundo. En quelques années, cette discothèque digitale née dans un incubateur de Nairobi a réussi à créer un catalogue fort de 50 000 artistes, originaires de dix pays africains. « Le contenu local sur la toile était extrêmement limité quand nous avons commencé alors que l’accès à internet était en train d’exploser sur le continent », se souvient Martin Nielsen, le directeur de Mdundo.

Le site a vocation à donner accès aux musiques locales absentes des grandes plateformes de streaming et surtout de permettre aux artistes africains de gagner leur vie.


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Formule « freemium »

Tout comme Spotify et Deezer, Mdundo propose une formule « freemium » : des titres en accès gratuit, accompagnés de publicité et un abonnement premium à deux ou trois dollars par mois selon les pays. Les artistes, eux, peuvent s’inscrire librement sur la plateforme et sont payés en fonction du nombre de téléchargement de leurs chansons. Un système qui veut rivaliser avec le téléchargement illégal, dans une région où 95% de l’écoute se fait soit sur des sites pirates soit par échange entre particuliers.

En deux ans, 7 000 artistes nigérians se sont inscrits !

Pour les artistes, cela fait toute la différence : « En Afrique, il n’y a presque pas de labels, de maisons de disques ni d’institutions qui récoltent et redistribuent les droits d’auteurs », rappelle Martin Nielsen. Mdundo va donc taper directement à la porte des musiciens au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie. Aujourd’hui la start-up a également des agents en Afrique australe ainsi qu’en RDC, au Ghana et au Nigeria, où la croissance est exponentielle.

« En deux ans, 7 000 artistes nigérians se sont inscrits ! », s’exclame Wanjiku Koinange, directrice « musique » chez Mdundo. Pour cette Kényane, le rôle du site va bien au-delà de la simple distribution : « Le secteur de la musique africaine est handicapé par des retards technologiques et un manque d’éducation. Ici nous devons donc prendre le temps d’expliquer aux artistes comment s’inscrire sur le site et comment se promouvoir », explique-t-elle.

10 millions de chansons sont téléchargées chaque mois sur Mdundo

Une fois sur Mdundo, ceux-ci peuvent estimer leur succès, localiser leurs fans et gagner jusqu’à 4 000 euros par an. Actuellement, dix millions de chansons sont téléchargées chaque mois sur Mdundo. Et jusqu’ici les chanteurs de gospel, de hip-hop et de chansons en langues vernaculaires sont les plus écoutés.

Compétition

Lancé avec l’aide de l’accélérateur d’entreprises 88 mph, Mdundo a récolté environ deux millions de dollars depuis son lancement en 2012 et signé un partenariat avec le géant Warner Music, lui permettant d’agrémenter son catalogue d’un million de titres internationaux. Aujourd’hui, la direction regarde du côté des grandes entreprises de télécommunications africaines pour relever le défi de la facturation et attirer de nouveaux utilisateurs : « Nous pensons à des formules qui proposeraient la 3G et de la musique en illimité pour un certain prix. Cela se fait en Europe et je pense qu’il y a un réel potentiel ici », avance Martin Nielsen.

Tous ces investissements vont permettre de mieux établir le marché l’industrie de la musique africaine

Ce potentiel, il n’est plus le seul à l’avoir identifié. Les services de musique en ligne se multiplient sur le continent, considéré comme le dernier grand marché du streaming. L’application Boomplay, qui domine actuellement le marché en revendiquant 17 millions d’utilisateurs mensuels, vient tout juste de signer un accord avec Universal Music Group pour distribuer le catalogue de la maison de disque américaine dans différents pays africains.

Deezer et Spotify font quant à eux une entrée timide, sans pour autant pouvoir proposer un catalogue local très pourvu. Pourtant, entre les quatre murs de verre de son « open space » Martin Tielsen ne semble pas inquiet : « Tous ces investissements sont une bonne nouvelle pour l’industrie de la musique africaine car ils vont permettre de mieux établir le marché », conclut-il.