Friday, December 14, 2018
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“Taïwan, Chine” : la nationalité d’un possible lauréat du Booker Prize fait polémique

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“Taïwan, Chine” : la nationalité d’un possible lauréat du Booker Prize fait polémique

“Wu Ming-Yi (Taïwan, Chine)”. Pour qui ne s’intéresse pas aux relations entre la Chine et Taïwan, l’intitulé de la nationalité du romancier Wu Ming-Yi, ainsi présenté parmi les treize auteurs sélectionnés pour le Man Booker International Prize, peut passer inaperçu. Mais dans le contexte politique de la région, la formulation retenue sur le site du prestigieux prix littéraire est hautement polémique.

Comme le rappelle The Guardian :

Pendant la majeure partie des six décennies qui ont suivi la fuite du gouvernement nationaliste chinois à Taïwan en 1949, l’île s’est auto-gouvernée avec son propre gouvernement démocratiquement élu, sa propre monnaie, sa propre armée et ses propres liens diplomatiques avec plusieurs pays. Son indépendance n’a jamais été officiellement proclamée.”

Un changement de dernière minute

En 1992, des représentants de la République populaire de Chine et de Taïwan se sont rencontrés à Hong Kong et ont abouti à la reconnaissance du principe “une seule Chine, plusieurs interprétations”. Un principe connu sous le nom de “consensus de 1992”, mais qui est un sujet de discorde permanent et qui alimente les tensions dans la région (les indépendantistes au pouvoir à Taipei depuis 2016 le contestent).

Les réactions ont donc été nombreuses lorsque “un peu plus de deux semaines” après la proclamation des treize romans en lice pour le Man Booker International Prize cette année, la nationalité de Wu Ming-Yi “a été modifiée [en y ajoutant le mot “Chine”] pour cadrer avec la position de Pékin selon laquelle cette île […] fait partie de la Chine”, rapporte le quotidien.

Les organisateurs du prix consultent le ministère des Affaires étrangères britannique

Auteur reconnu, Wu Ming-Yi (dont deux livres ont été traduits en français, chez Stock et à l’Asiathèque) a fait savoir que le nouvel intitulé ne reflète pas sa “position personnelle sur la question [du statut de Taïwan]”.

Face aux critiques qui ont afflué, notamment sur la page Facebook du prix littéraire, ses organisateurs ont déclaré lundi 1er avril être en train de “‘demander des éclaircissements’ au ministère britannique des Affaires étrangères sur la position officielle du pays concernant Taïwan”, poursuit The Guardian :

Selon leur porte-parole, Truda Spruyt, on leur a dit dans un premier temps que ‘Taïwan, Chine’, était ‘la formulation correcte et politiquement neutre’.”

Les pressions se multiplient autour de la dénomination de Taïwan

Parfois présenté comme le “Goncourt anglophone”, le Man Booker Prize passe pour le prix le plus convoité de la littérature anglophone. Sa déclinaison pour le roman étranger, le Man Booker International Prize, récompense des ouvrages traduits en anglais. Le livre de Wu Ming-Yi en lice pour celui-ci cette année, The Stolen Bicycle (La bicyclette volée, non traduit en français), a paru en chinois en 2015.

Le site Taiwan Sentinel souligne que la polémique “survient alors que plusieurs entreprises multinationales ont cédé ces dernières semaines aux pressions de Pékin pour qu’elles changent les informations sur leur site internet et affichent ‘Taïwan, Chine’ ou ‘Taïwan, Province de Chine’”. Et alors que, ajoute le site, “la sortie [dans les cinémas chinois] de ‘Missing Johnny’, du réalisateur taïwanais Hou Hsiao-hsien, a été annulée après que des internautes chinois ont accusé l’un de ses acteurs principaux, Lawrence Ko, d’être un ‘promoteur de l’indépendance de Taïwan’.”

Le South China Morning Post rapportait quant à lui, samedi 31 mars, que :

Les ministères taïwanais des Affaires étrangères et de la Culture sont également intervenus, faisant part de leur consternation […] et priant les organisateurs du prix de veiller à ce que cela ne se reproduise pas. Ils ont également demandé à leurs représentants au Royaume-Uni d’enquêter sur ce qui s’est passé.”

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