Thursday, June 21, 2018
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Vu de l’étranger. Avec la fin des Guignols, “seuls les sinistres demeurent”

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Vu de l’étranger. Avec la fin des Guignols, “seuls les sinistres demeurent”

Après plusieurs années “en roue libre et avec des audiences au plus bas […] les marionnettes de latex baissent le rideau”, annonce El País. Le quotidien espagnol revient sur les 30 ans “d’un des programmes les plus emblématiques de Canal +”, Les Guignols de l’info, dont la disparition à la fin de la saison a été actée par la chaîne privée française.

“Les funérailles annoncées des Guignols, qui disparaîtront de Canal + en septembre, étaient à vrai dire prévisibles, écrit le journal suisse Le Temps. Mieux : souhaitables. Pourquoi rester coincés sur une chaîne cryptée qui s’évertue chaque jour un peu plus à renier son ADN d’impertinence ?”

Un verdict partagé par El País, qui juge que “les gags avaient perdu leur mordant et leur pertinence”, eux qui réunissaient 3 millions de téléspectateurs à la grande époque. Au-delà de leur audience, le quotidien espagnol souligne que l’émission “avait une réelle influence politique, comme la vague de sympathie qu’elle a fournie au président Jacques Chirac dans les années 90, que beaucoup disent avoir été inspirées par son double en latex”.

Qui se souviendra de Hanouna dans 30 ans ?

Cette influence, peu d’émissions pourraient encore l’avoir aujourd’hui en France, pointe Le Temps :

Prenons les paris : qui se souviendra encore, dans dix, vingt ou trente ans, des lamentables pitreries cathodiques de Cyril Hanouna, l’animateur chéri de l’empire télévisuel Bolloré ? Allons plus loin : qui gardera un souvenir ému, en 2040, des répliques torturées de Christine Angot sur le plateau d’On n’est pas couché, le rendez-vous hebdomadaire de Laurent Ruquier, promu baromètre de l’intelligentsia française ? Osons la réponse. Pas grand monde. Personne peut-être.”

Le correspondant à Paris du journal suisse, Richard Werly, écrit, avec un ton amer : “Je n’ai pas de peine pour les Guignols. Je les comprends. Eux partis, seuls les sinistres demeurent.”

Le journaliste met en cause Vincent Bolloré, le patron de Canal + “catholique pratiquant habitué aux raids opaques de la finance” qui n’aurait jamais défendu “cette écurie d’auteurs gauchistes cachés derrière leurs marionnettes”, mais aussi l’état d’esprit général dans l’Hexagone :

Dans la France d’Emmanuel Macron, celle où les milliardaires doivent se sentir ‘bien’ et où les djihadistes vous censurent avec la mitraille de leurs kalachnikovs, les Guignols étaient des dinosaures.”

Corentin Pennarguear
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