Friday, December 14, 2018
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Vu du Burkina Faso. Le président rwandais, réel vainqueur du sommet de la Francophonie

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Vu du Burkina Faso. Le président rwandais, réel vainqueur du sommet de la Francophonie

La Rwandaise Louise Mushikiwabo [prend] la succession de la Canadienne Michaëlle Jean à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) pour les quatre prochaines années. Comment pouvait-il en être autrement quand on sait que la compatriote du président rwandais Paul Kagame a bénéficié du puissant lobbying de la France “macronienne” pour damer le pion à son adversaire, Michaëlle Jean qui, le cœur serré, s’est vu lâchée au dernier moment par son propre pays ?

En tout cas, en paraphrasant l’adage selon lequel “ce que femme veut, Dieu le veut”, l’on pourrait dire, concernant l’OIF, que ce que la France veut, les autres membres suivent. Et la belle métisse canadienne l’aura appris à ses dépens.

Une candidature poussée par la France

Ainsi, après l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, ex-secrétaire général des Nations unies [et à la tête de l’OIF de 1997 à 2002], et l’ex-président sénégalais Abdou Diouf [secrétaire génral de l’OIF de 2003-2014], l’Afrique, pourrait-on dire, récupère “sa chose” après l’intermède de la Nord-Américaine. On peut dire que c’est un juste retour des choses, eu égard à la forte représentation du continent africain au sein de cette organisation.

Le hic est que cette élection risque de laisser des traces au sein de l’organisation en créant immanquablement des ressentiments. Il n’aura échappé à personne le rôle ô combien décisif de la France dans l’accession de Louise Mushikiwabo à ce poste.

Mais s’il ne fait l’ombre d’aucun doute que le président français est le principal artisan de l’élection de Dame Mushikiwabo, le vrai vainqueur, c’est bien Paul Kagame. Surtout si l’on en croit les informations selon lesquelles le chef de l’État rwandais n’était pas demandeur d’un tel poste pour lequel son pays ne présentait pas a priori le meilleur profil de l’emploi. [En 2010, l’anglais a remplacé le français comme langue de scolarisation au Rwanda.]

Kagame, le “Napoléon des Grands Lacs”

Macron a pris l’initiative et a tout mis en œuvre pour convaincre l’homme fort de Kigali, par l’entregent entre autres du royaume chérifien du Maroc. En portant son choix sur la compatriote de Paul Kagame, le patron de l’Élysée a sa petite idée derrière la tête. C’est une façon pour Paris de chercher à entrer dans les bonnes grâces de Kagame [alors que les relations entre les deux pays ont longtemps été difficiles].

La constance de Kagame dans sa fermeté vis-à-vis de Paris [sur la question du génocide rwandais de 1994] a payé et c’est une victoire du Bismarck [homme d’État prussien] des Grands Lacs sur Macron. Dans ces conditions, il faut croire que le dirigeant rwandais ne s’arrêtera pas en si bon chemin et qu’il aura tout le loisir de faire courir Paris.

Reste à espérer maintenant que Louise Mushikiwabo pourra travailler tranquillement à la tête de cette organisation internationale, à l’image de la Gambienne Fatou Bensouda de la Cour pénale internationale (CPI), à qui son compatriote de président, Yahya Jammeh, n’avait pas réussi à faire de l’ombre. On attend de voir quel visage présentera l’OIF sous Dame Mushikiwabo et surtout si cette dernière pourra s’affranchir de la tutelle de ceux qui l’auront faite reine. En se dégageant notamment de la férule d’un homme aussi puissant que Paul Kagame, le Napoléon des Grands Lacs.

La Francophonie, un instrument politique ou culturel ?

L’autre défi, et pas des moindres, sera de savoir si elle pourra chausser les bottes d’un Abdou Diouf. L’homme était connu pour sa dénonciation des actes contraires aux règles de la démocratie, sachant qu’en matière d’entraves aux libertés et aux droits de l’homme, l’Afrique regorge de dirigeants qui ne s’embarrassent pas toujours de scrupules, à commencer par le maître incontesté et incontestable de Kigali.

À l’heure où la Francophonie n’est pas loin de “s’abâtardir” en devenant plus un instrument politique qu’un instrument de promotion culturelle, le moment est peut-être venu de revoir ses textes et de réorienter sa vision. Sinon, il sera difficile pour elle de continuer à jouer sur les deux tableaux sans parfois susciter de lourdes interrogations et de fortes incompréhensions. Louise Mushikiwabo est donc attendue au pied du mur.

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