Après la signature en juillet 1999 de l’Accord de paix et de cessez-le-feu de Lusaka qui mettait un terme aux affrontements meurtriers ayant mis aux prises neuf armées régulières sur notre territoire national, sans compter les groupes armés et les forces négatives à la veille des négociations politiques inter-congolaises de Sun city, le Secrétaire Général des Nations Unies de l’époque, Monsieur Koffi Annan, s’était adressé aux Congolais pour en appeler à leur sens de responsabilité en privilégiant l’intérêt supérieur du pays par la recherche du compromis, dans la mesure où l’avenir du Congo dépend de ce que les Congolais eux-mêmes veulent et auront décidé pour leur pays.

Monsieur Ban Ki Moon, son successeur, qui vient de séjourner au Congo, n’a pas manqué, à son tour, lors des différentes rencontres qu’il a eues avec le pouvoir, l’opposition ainsi que la société civile, d’emboiter le pas à son prédécesseur, en exhortant la classe politique, toutes tendances confondues, à faire preuve de sagesse en dégageant  un indispensable consensus dans le cadre d’un dialogue politique inclusif afin de baliser la voie d’une démocratie vivante et d’un avenir meilleur pour le Congo à l’issue d’un processus électoral transparent et crédible.

Ces deux appels montrent à quel point le dénouement des crises et le destin des nations dépendent de la qualité des hommes qui forment leur classe politique, dont les faiblesses peuvent être un désastre pour leur pays.

A propos de la classe politique congolaise, il me semble indiqué de rappeler ici une anecdote. En effet, après l’accession de l’Angola à l’indépendance en novembre 1975 sous la conduite du MPLA du Docteur Antonio AGOSTINHO NETO, les dirigeants africains s’étaient retrouvés en juillet 1976 à Addis-Abeba pour examiner la demande d’admission du nouvel Etat à l’OUA, à l’époque écartelée entre les progressistes et les modérés.

Si tous les Etats progressistes étaient favorables à la candidature présentée par le Gouvernement Neto, tel n’était pas le cas pour les modérés proches de Roberto Holden et Jonas Savimbi, qui s’y étaient farouchement opposés.

Devant l’activisme et la virulence du ministre zaïrois des Affaires Etrangères, Monsieur NGUZ-A-KARL-I-BOND, plaidant pour la non accréditation de la délégation du Gouvernement Neto, le Premier Ministre et Ministre guinéen des Affaires Etrangères, Monsieur LANSANA BEAVOGUI, lança, du haut de la tribune, ces mots terribles qui doivent interpeler aujourd’hui notre classe politique : « L’élite congolaise, zaïroise à l’époque, a toujours déçu le Congo et l’Afrique. Le meilleur service qu’on peut encore rendre au Congo est de recycler sa classe politique qui ne semble toujours pas maîtriser la politique ». Fin de citation.

Il sied de rappeler qu’en dépit des dénégations et de l’opposition du camp des modérés avec Messieurs NGUZ-A-KARL-I-BOND et son compère Laurent Donat FOLOGO, Ministre ivoirien des Affaires Etrangères, la République Populaire d’Angola fut admise comme membre à part entière de notre Organisation continentale

Les propos sus évoqués de  LANSANA BEAVOGUI illustrent à suffisance que la classe politique congolaise pose réellement problème en raison de son manque criant de perspicacité, de conviction, de constance voire de vision et de sa propension à l’opportunisme et à la trahison.

N’eût été le surgissement d’un TSHISEKEDI Etienne, soutenu par ceux qui adhèrent aux idées du changement qu’il ne cesse de professer et dont chacun reconnait et admire la force de conviction, l’intrépidité, la constance et la vision, l’élite congolaise dans son ensemble serait vouée à la risée générale du monde entier.

Depuis qu’il a pris la tête, dans les années 1980, de la lutte contre la dictature jusqu’à la Conférence Nationale Souveraine et de nos jours, TSHISEKEDI, à lui tout seul, cumule les rôles du sage grec SOLON, du libérateur Charles De Gaule et du dialecticien Neslon Mandela dans l’analyse et la thérapeutique à appliquer pour résoudre les crises récurrentes que connait la RD Congo.

Les intuitions du Président TSHISEKEDI devenues prophétiques, se révèlent toujours justes quand il indique la voie à suivre. Ceux qui, par naïveté, mais surtout par égoïsme, rechignent à y consentir, finissent longtemps après par reconnaitre qu’il avait raison d’avoir pris telle ou telle autre position. Et que si on l’avait suivi, on n’en serait pas là.

S’agissant de la crise actuelle et celle plus grave qui se profile à l’horizon, le Président élu et président de l’UDPS, fort de son expérience sur le Congo et de son expertise à nulle autre pareille, nous a indiqué la voie du dialogue sous la facilitation internationale comme la seule pouvant nous permettre de sortir de l’impasse actuelle et de baliser un meilleur avenir pour toutes les filles et tous les fils du Congo.

Au lieu de suivre entièrement le Président TSHISEKEDI dans cette voie de sagesse et de salut, il y a d’un côté ceux qui s’enlisent dans des rigidités contreproductives sans se rendre compte qu’il y a péril en la demeure et qu’il y a urgence. Car, celui qui a le fardeau sur l’épaule est censé marcher à pas forcé. Mais aussi qu’en dehors des réalités, il n’y a pas de politique qui vaille.

De l’autre côté, il existe ceux qui ont collaboré avec le pouvoir pendant toute une décennie et demie, accédé à tous les privilèges, accumulé les avoirs avec délectation mais qui, à quelques mois de la fin de règne du système commun, se découvrent soudainement les vertus d’opposants comme par un coup de baguette magique et la cire dans les oreilles, ne comprennent pas qu’il n’ y a point de salut en dehors de la voie du dialogue tracée par le sage TSHISEKEDI, rejoint par la communauté internationale.

Chose plus curieuse, ils déconseillent tout dialogue avec Monsieur Kabila qu’ils présentent quelque peu comme l’incarnation d’un pouvoir exécrable avec lequel il ne faut pas se mettre autour d’une table pour dialoguer.

Deux choses méritent d’être soulignées

De un : le mandat qui s’achève déjà a été dévoré ensemble par ceux qui refusent  le dialogue alors qu’il était destiné à Etienne TSHISEKEDI par le peuple souverain. Ni individuellement, ni collectivement comme groupement politique, ces compatriotes n’ont jamais confessé publiquement ce tord.

De deux : confronté à une situation autrement plus complexe, l’un des grands hommes politiques de l’histoire contemporaine, Monsieur Nelson MANDELA MADIBA, suivi par les dirigeants de l’ANC, s’en était tiré grâce au dialogue qu’il avait engagé avec les bourreaux de son peuple. Ce dialogue avait permis de trouver un compromis et de réaliser la réconciliation autour des valeurs de paix, de justice, de liberté et de démocratie. Nelson Mandela avait ainsi évité le pire à son pays.

Nous pensons qu’il est responsable d’aller au dialogue qui s’impose comme l’unique voie pouvant nous permettre de mieux nous en tirer nous aussi, sous la facilitation internationale, en vue de rechercher le compromis induisant l’exaltation d’un processus démocratique digne de nos rêves et de nos combats ainsi que la tenue prochaine d’élections crédibles et apaisées dans le respect de la loi fondamentale.

Etant donné que le compromis recherché est indispensable dans la conduite du processus électoral et pour l’avenir même du pays, nous pensons que le pouvoir devrait prouver sa sincérité en renonçant à la politique de l’autruche qui consiste d’une part à prôner haut et fort le dialogue et le consensus tout en s’empressant, d’autre part, par calcul politicien, de mettre les autres forces politiques partenaires à ce dialogue, devant un fait accompli, en organisant, par l’entremise de la CENI totalement acquise à sa cause et contre tout bon sens, l’inopportune élection des Gouverneurs de nouvelles provinces que ce même pouvoir cherche à transformer en bastions destinés à lui procurer des avantages dans le cadre des élections générales qui pointent à l’horizon. Question d’avoir des administrations à dévotion appelées à appuyer sans gêne les actions et les ambitions des partis du cartel du pouvoir.

Dans la décision d’organiser vaille que vaille l’élection des Gouverneurs qui viendra en rajouter à la présente crise et accentuer les déchirements, il ne me semble pas que la voix de la CENI ait pesé d’un poids quelconque. La CENI n’a fait qu’exécuter un oukase venant du pouvoir.

Qui mettrait en doute et serait à ce point amnésique pour oublier le fait que depuis sa mise en place sous le régime 1+4 de triste mémoire, la CENI, de par sa structure et sa finalité, n’a jamais fait preuve de neutralité, d’impartialité et d’objectivité dans l’accomplissement de sa mission ?

En outre, cette CENI s’est vu peupler dans son administration centrale et locale, des militants proches du pouvoir. Les quelques rares membres qui s’y trouvent venant d’autres partis politiques ont coupé le cordon ombilical avec leurs formations d’origine pour servir leurs propres intérêts. Il est donc tout à fait logique que la CENI, comme l’exigent l’UDPS et l’opposition, soit totalement recomposée pour qu’elle soit réellement au service de la démocratie et cesse d’être la caisse de résonnance d’une seule famille politique dont elle sert les intérêts.

Revenons au dialogue politique tant attendu, sous la facilitation internationale, pour demander à tout un chacun de s’assumer et de choisir l’un ou l’autre camp dans le cadre de la bipolarisation de ce forum, soit en se rangeant derrière le pouvoir, soit en s’inscrivant dans le camp du progrès et du peuple regroupant les forces du changement.

Il est donc requis un comportement responsable a contrario de l’irresponsabilité, du manque de conviction, de sérieux et de la recherche effrénée du repositionnement qui ont causé beaucoup de tort au pays.

C’est de cette façon que la classe politique congolaise pourra redorer le blason terni par les années d’aventurisme, d’inconstance et de platitude qui ont donné l’occasion aux élites venues d’ailleurs (BEAGOVI et WADE, on s’en souvient) de préconiser le recyclage de l’élite politique congolaise.

Le consensus que la communauté internationale nous recommande pour éviter le pire et à la suite de TSHISEKEDI, le meilleur et le plus avisé d’entre nous tous, est le seul à même de nous aider de sortir du guêpier et de la nasse, nous épargnant d’autres tragédies à l’avenir.

Dans cette quête de l’intérêt général, la finalité est de voir le Congo rebondir comme un Etat républicain et juste à l’égard de tous les congolais dont il redeviendra le serviteur.

Le peuple congolais exige à Ban-Ki-Moon et de NKOSAZANA DLAMINI ZUMA de vite régler, au nom de la communauté internationale, la question de la facilitation qui retarde le dialogue. Ces deux personnalités devraient méditer cette pensée du sage africain Amadou Ampate-Bâ qui a dit : « L’inertie, c’est la mort. Le mouvement, c’est la vie. Débloquer le dialogue, le Congo veut être débout ».

Fait à Kinshasa, le 02 mars 2016

Bruno TSHIBALA NZENZHE

Secrétaire Général Adjoint et Porte-parole de l’UDPS